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Dan, un anglais aux Indes

Texte et Interview de François-Xavier Gaudas, photos Uphill EMG.

Dan Lawson est un des meilleurs coureurs au monde, même s’il n’a pas l’aura d’un Killian Jornet ou d’un Scott Jurek. Dan a commencé l’ultra sur le tard, à 36 ans, après avoir pas mal joué au foot mais le palmarès du britannique est déjà long comme le bras. Jugez plutôt :

  • champion du monde par équipes de 24h (24ème en individuel) à Turin en 2015
  • 2ème du Spartathlon en 2015 (246km à parcourir sur la route entre Athènes et Sparte)
  • recordman du monde du nombre de kilomètres courus sur un tapis de course en une semaine (838,5km)
  • vainqueur de l’ultra-trail Run The Rann en Inde en 2015 (24h06’01) et en 2017 (16h46’31).
  • champion d’Europe de 24h (261,8km) à Albi en 2016.
  • Directeur de course de Run The Rann, un jeune ultra-trail qui se déroule en Inde, ex colonie britannique, tout autour de l’île de Khadir Bet, dans un désert de sel et près de la frontière Pakistanaise. Conditions extrêmes mais souvenirs inoubliables sont au programme : 160 km environs, falaises qui tuent, buissons épineux qui griffent, autres buissons épineux qui déchirent tout, des vêtements à la peau, paramilitaires indiens sur les dents, cobras à gogo et vipères Krait terriblement mortelles un peu partout, désert de sel et 40 degrés, au minimum…Bref, un environnement plus qu’hostile ! Notez que le parcours d’origine avait été tracé par les soins de notre rédacteur en chef Gaël Couturier en 2013-2014 lorsqu’il était lui aussi basé en Inde dans la région comme journaliste et directeur de course.

Dan ‘’The Man’’, comme on l’appelle dans le milieu en Inde a aujourd’hui 44 ans, vit la moitié de l’année à Goa, sur la côte sud-ouest de l’Inde. Autant dire qu’il connaît bien le pays. Nous l’avons rencontré en exclusivité histoire de vous faire saliver sur ce pays magnifique et cette course qui mérite un peu plus d’attention et donne des points UTMB. Si si.

Running Café : Est-ce que tu peux nous dire ce qui a changé au niveau du parcours depuis que Gaël n’en est plus le directeur ?

Dan Lawson : Désormais la course se déroule beaucoup plus sur ou près de l’île de Khadir Bet et les longues portions dans le désert de sel sont toujours présentes mais beaucoup plus près de la civilisation, si je peux m’exprimer ainsi. Le parcours que Gaël avait élaboré comportait presque un marathon entier dans cette incroyable portion et beaucoup plus de montées, passages près de falaises et de sentiers traversant des buissons très épineux. Bref, c’était plus dur, cruel presque.

Running Café : C’est donc beaucoup plus facile de courir maintenant ? Pourquoi ces changements ont-ils été décidés d’ailleurs ? Est-ce que c’est parce que tes collègues indiens sont trop fainéants pour aller repérer les parties les plus difficiles qui sont aussi les plus magnifiques de la zone… qu’en penses-tu ?

Dan Lawson : Je ne suis pas à l’origine de ces changements. C’est le propriétaire de la course, Uphill EMG qui s’en est chargé. Je pense qu’en 2016 ces changements avaient eu lieu principalement à cause de la mousson, les fortes pluies avaient modifié le paysage et donc le terrain. Le parcours est effectivement beaucoup plus adapté à un rythme de course régulier sur certaines parties. Cela le rend plus accessible, en particulier pour ceux dont c’est le premier ultra. Je pense que nous avons trouvé un bon compromis : le parcours est toujours magnifique et quand tu cours le long d’une crête, la vue sur cet océan sans fin de sel blanc est imprenable ! Avant, il fallait les descendre puis les remonter. Plus maintenant. On ne quitte plus les crêtes.

Running Café : Est-ce que tu penses que cette course a le potentiel pour attirer plus de coureurs internationaux dans le futur ? Tu as dû te sentir seul cette année en tant que seul européen… pourquoi ne pas inviter au moins des coureurs d’Asie ?

Dan Lawson : En général sur des premières éditions tu as toujours quelques ratés – cela vaut pour toutes les courses dans le monde – mais les organisateurs ont vite appris et la course est bien rodée maintenant. C’est une superbe toile de fond car le cadre semble sorti tout droit d’un autre monde, un peu comme sur la Badwater que j’ai courue l’année dernière et qui fait 217km sur la route avec 4000m de dénivelé positif, le tout dans la vallée de la Mort en Californie en plein mois de juillet. Des endroits aussi beaux que celui-là ne sont pas toujours très accessibles donc le voyage pour rejoindre le camp de base à Dholavira est compliqué et fatiguant. Il faut prendre un long bus en provenance d’Ahmedabad, la capitale du Gujarat dans le Nord Ouest de l’Inde, sous le Rajasthan.  Je pense que cela doit rebuter quelques coureurs étrangers mais, bon, par expérience je peux vous assurer que cela en vaut vraiment la peine.

Running Café : Au niveau de la sécurité, qu’est-ce qui a évolué depuis la 1ère édition ? Est-ce qu’il y a plus de médecins, véhicules, équipes de secours ?

Dan Lawson : Le nouveau parcours aide à ce niveau, oui, je pense. Tous les ravitaillements et les coureurs sont désormais beaucoup plus près des points d’assistance contrairement aux premières éditions. S’il y a une urgence, elle pourra être traitée plus vite. Il y a plus de bénévoles sur les ravitaillements aussi et les forces paramilitaires indiennes sont également plus impliquées dans le suivi de la course. Ils assurent la sécurité à tous les niveaux et c’est plutôt une bonne chose.

Running Café : Depuis combien de temps vis-tu en Inde ? Pourquoi es-tu allé là-bas, qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce pays ?

Dan Lawson : Je passe mes hivers là-bas. J’aime le beau temps et je déteste la météo hivernale en Europe. J’aime le soleil, le ciel bleu mais ce n’est pas que ça. Je vis une véritable histoire d’amour avec ce pays que mes ancêtres avaient colonisé. L’énergie et les vibrations de la population me parlent davantage. Je me sens beaucoup plus libre et aussi plus heureux quand je suis en Inde.

Running Café : Quels endroits tu conseillerais à un coureur qui voudrait visiter l’Inde, pourquoi ?

Dan Lawson : J’ai passé un peu de temps sur les sentiers de Manali, en Himalaya, l’année dernière. C’est un endroit difficile mais un véritable paradis pour courir. Si vous aimez le trail et que vous vouliez vous faire un stage en altitude, c’est là-bas qu’il faut aller. Cet endroit est époustouflant. L’Inde a des terrains de toutes sortes : montagnes, déserts, jungles… les choix ne manquent pas. Sa géographie est totalement hallucinante et très bien dessiné pour les coureurs à pied.

Running Café : Parle-nous un peu Goa.

Dan Lawson : C’est effectivement là que je vis quand je suis en Inde, on y est comme à la plage mais en s’aventurant un peu dans les terres on se retrouve face à d’incroyables parcours de trail qui traversent une jungle épaisse. La meilleure période pour y aller c’est de novembre à avril parce que la chaleur est extrême le reste de l’année et que la mousson arrive juste derrière.

Running Café : La nature est sauvage en Inde et donc dangereuse pour les coureurs comme pour les habitants en général. Il y a des serpents, des tigres, des scorpions… As-tu une anecdote à nous raconter à ce sujet ?

Dan Lawson : Je pense que mon attitude à ce sujet est différente des habitant locaux. Je cherche activement à m’y confronter alors qu’ici les gens préfèrent s’en éloigner le plus possible. Sans doute que je ne réalise pas l’ampleur du danger, je ne sais pas. Pendant un 100km où je faisais partie de l’organisation à Goa, je suis allé faire une petite sortie sur un des passages de la course pour rencontrer les participants. J’en ai entendu m’appeler en hurlant parce qu’ils venaient de voir un léopard. Là je me suis dis « wow, c’est génial, il est où ? Je peux le voir ?! » Un peu plus haut sur le parcours, je les ai retrouvés, dans les bras les uns des autres, pétrifiés à cause de ce gros chat. Ils avaient peur de continuer et moi je voulais lui courir après !

Running Café : Et qu’est-ce que tu peux nous en dire plus justement sur cet événement que tu organises à Goa ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup d’y aller quand il y a d’autres endroits en Asie avec des équipes plus expérimentées (Thaïlande, Hong-Kong, Chine…) ?

Dan Lawson : Celui-ci est vraiment très spécial pour moi. Il s’appelle Paradise Trails parce qu’il emmène les coureurs au travers de la merveilleuse diversité de la nature autour de Goa. Ce sont les routes sur lesquelles je cours jour et nuit, le long des plages, au travers de forêts remplies de cocotiers et de réserves sauvages. Je ne souhaitais pas que ce soit une course difficile mais plutôt qu’elle soit belle et je pense avoir réussi à faire ça. C’est moi qui l’ai tracée. Cet endroit offre vraiment un cadre idéal pour profiter à la fois de vacances en famille et faire une course sympa,. Évidemment, il y a des courses avec bien plus d’expérience ailleurs en Asie mais tout dépend de ce que vous préférez : les grosses courses commerciales avec des milliers de gens entassés sur les sentiers ou bien l’intimité d’un ultra au début de sa vie, où tout le monde se connaît et peut vous encourager tout au long de la course. Je pense que c’est bien de participer à quelque chose de plus petit parfois.

Running Café : Pour finir, quels sont tes prochains objectifs en tant que coureur cette année ?

Dan Lawson : Cette année, je me concentre à fond sur les championnats du monde de 24h à Belfast. J’ai eu la chance de gagner les championnats d’Europe l’année dernière et là ce sera l’occasion de me mesurer aux Américains, Australiens et Japonais qui sont les tauliers de cette discipline. Après ça, j’ai très envie de battre le record du monde de la traversée du Royaume-Uni dans le sens de la longueur : 160km par jour pendant 9 jours. Un gros morceau ! Je suis dingue, peut-être. Mais je crois vraiment que rien d’impossible.

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