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On ne pouvait pas ne pas vous en parler !

Par Gaël Couturier, photos Cimbaly & Alexis Berg

37. Voici le nombre d’abandons et de mises hors course sur l’étape du jour à 11 h 30 ce matin, soit un total de 84 abandons depuis le début de la 32e édition du MDS. Ils touchent même les meilleurs : ainsi, le rythme élevé imposé par Rachid El Morabity, le leader, a séché Abdelkader El Mouaziz un autre marocain, évacué par hélicoptère après une violente hypoglycémie. Il était 4ème au classement général.

Près de 800 concurrents ont terminé l’étape longue en moins de 24 heures ; les autres ont encore 11 heures pour parvenir au bout des 86,2 km. cette année, la Longue est extrêmement variée, proposant des traversées de plaines roulantes, des cordons de dunes, des ascensions, et même de la végétation, chose rare en plein désert.

« C’est top, il ne reste plus que le marathon maintenant. » Si cette phrase, prononcée hors contexte, peut faire sourire, elle retranscrit pourtant bien le sentiment sur le bivouac ce matin. Tous les concurrents déjà rentrés au bercail se sentent comme libérés du poids qui pesait sur leurs épaules, à défaut d’être libérés de celui de leur sac… L’étape longue, la bête noire, est derrière eux. Ils ont échappé au « cut » qu’elle effectue chaque année. Comment ont-ils réussi à surmonter les difficultés ? « On s’est reposé une heure au CP5 » raconte l’un. « C’était très dur entre le cp 5 et le cp 6 à cause des dunes. Mais la nuit avec la lune c’est fantastique, la température est bonne, la navigation aussi » témoigne cet autre. Autre source de motivation : le spectacle offert par les meilleurs concurrents, partis trois heures après le gros du peloton. Ils remontent le peloton, doublant les concurrents un à un. C’est un moment unique dans la carrière d’un coureur d’endurance : chacun peut observer le mélange de puissance et de légèreté nécessaires à la progression à grande vitesse dans l’environnement sablonneux. Et alors qu’on pourrait penser que se faire déposer par un cador pourrait miner le moral, au contraire, les concurrents sont tous d’accord pour dire qu’ils se sentent regonflés après ces rencontres pourtant éphémères.

« Le MDS est si difficile que vous trouvez quelque chose en vous que vous ne pensiez même pas possible » raconte cette compétitrice à propos du dépassement de soi. Presque tous les concurrents font face à des difficultés hors du commun, et pourtant très peu abandonnent en route. Alors quand rien ne va plus, comment trouver encore de la ressource pour aller plus loin ? Certains, évoquent l’image de leurs proches comme soutien mental à distance : « Je ne pouvais plus ni manger ni boire, mon corps ne tolérait plus rien. J’ai pensé à ma fille, elle a été mon guide jusqu’à l’arrivée ». Progresser à plusieurs peut aussi permettre de dépasser ses propres douleurs, comme si l’effort partagé atténuait les difficultés. Hier, Roberto, un argentin, a repéré devant lui une Néerlandaise qui avançait au même rythme. Il a accéléré pour la rattraper, ils se sont regardés, et instantanément ils ont su qu’ils feraient le reste du chemin ensemble : « Nous avons partagé nos douleurs et notre motivation pour avancer ». Le reste ? Il ne nous regarde pas…

Toni, un espagnol a beaucoup gambergé pendant cette 4e étape. Parti fatigué et avec un moral au plus bas, le CP2 a failli lui être fatal. Mais il a pensé à son compagnon de tente, Miquel « un véritable étendard de la philosophie de cette course » dit-il. Miquel, 8e au classement général, arrive tôt à la tente et prépare du feu pour ses compagnons. « Je ne pouvais pas le lâcher comme ça » conclut Toni.

Thomas Evans est un drôle de bonhomme. L’anglais, militaire de carrière, a réussi à surprendre tout le monde : inconnu au bataillon, il fait jeu égal avec la plupart des Marocains. Seul El Morabity résiste et s’envole vers son 5e titre. Une foule bigarrée attendait Rachid pour l’acclamer à son arrivée victorieuse sur la 4e étape. Rachid, heureux, répétait que son objectif « était de gagner le MDS pour la 5e fois. » C’est quasi chose faite, revenir sur lui sera très compliqué. Pourtant, Thomas Evans, pour sa première participation, frappe un grand coup. Jamais on n’avait vu un coureur européen auparavant « inconnu » se hisser à un tel niveau sur le MDS. Plus incroyable encore : hier, non seulement le Britannique termine 2e de l’étape derrière Rachid, mais il a couru les 10 derniers kilomètres 2 mn 37’’ plus vite que le Marocain. C’est énorme ! Il n’est pas en mesure d’inquiéter Rachid demain (28 mn de retard), par contre il peut très bien revenir sur son frère Mohamed (5 mn d’écart) et se hisser à la 2e place au général. Sur les talons de Thomas, Mohamed franchit  ce jour la ligne avec le visage de celui qui a tout donné. Son adversaire du jour l’étreint, mais Mohamed chancelle : le Marocain est épuisé. Chez les femmes, Nathalie Mauclair  gagne l’étape hier soir mais elle sait que ça ne lui permettra pas de revenir sur la suédoise Elisabet Barnes : « C’est le jeu ! Je suis bien, mais elle a été plus forte que moi. » Fernanda Maciel a compris depuis longtemps que la troisième place lui était réservée, et reste peu prolixe.

Marathon des sables

Au classement général :

Elisabet Barnes, Suède 19:21:41
Nathalie Mauclair France 19:44:23
Fernanda Maciel Brésil 20:30:27
Emilie Lecomte France 22:19:09
Mélanie Rousset France 22:57:36

Rachid El Morabity, Maroc 16:05:15
Mohamed El Morabity, Maroc 16:28:06
Thomas Evans Royaume-Unis 16:33:13 4
Abdelaziz Baghazza Maroc 17:21:40
Remigio Huaman Quispe Pérou 17:33:50

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