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Heart of darkness

Cécile Bertin était une des rares femmes à s’être aventurées sur la dernière édition du Jungle Marathon, une course de 254 km par étapes, mythique et extrêmement difficile où le premier met 43h et le dernier plus de 100h. La course se déroule au fin fond de la jungle brésilienne, là où seuls survivent quelques populations locales et militaires spécialisés. Mère de famille de 4 enfants, journaliste et blogueuse, Cécile s’est confiée à nous à son retour à Paris, après avoir pris quelques semaines pour se remettre de ses émotions et prendre le recul nécessaire à une analyse des plus objectives. Sur 43 partants, et 12 DNF, notre française termine 2ème féminine et 11ème au scratch. Autant dire qu’elle avait la rage. Infos sur l’incroyable course : junglemarathon.com. le blog de Cécile : runfitfun.fr.

Photos Cécile Bertein, Shirley Thompson/Jungle Marathon.

Running Café : Est-ce que le Jungle Marathon est plus difficile quand on est une femme ?

Cécile Bertin : Franchement je ne pense pas ! Enfin surement pour certaines de mes comparses parce que la phobie des araignées reste une phobie souvent féminine et là franchement elles sont juste monstrueuses… De vraies réserves de protéines sur pattes ! Personnellement ce qui me gêne le plus souvent sur ce type de courses extrêmes sur plusieurs jours, c’est le manque d’hygiène qui pourtant n’a pas trop l’air de gêner les mecs – désolée d’être aussi caricaturale mais c’est quand même bien une réalité. Là, le fait qu’on soit la plupart du temps le soir au bord du fleuve Amazone m’a permis de me laver et de laver mes vêtements presque tous les jours, un vrai luxe croyez-moi ! Après, il reste le problème du sac qui est un problème sur toutes les courses en autonomie alimentaire. C’est une réalité, l’idéal est d’avoir un sac qui représente 10% de son poids… Quand on fait 80kg, ça fait un sac de 8kg ce qui est souvent la norme quand on veille à partir le plus léger possible (je parle eau incluse évidemment). Je ne vous donnerai pas mon poids mais je ne fais pas 80kg… et mon sac pesait 9kg au départ avec la quantité d’eau imposée par l’organisation et avec le poids du hamac obligatoire lui aussi, plus lourd que mon super duvet spécial désert. Etre une femme sur ce type de courses, c’est un peu plus compliqué qu’on le veuille ou non.

Running Café : Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette épreuve, vous qui avez justement pas mal baroudé pour faire des courses de dingo ?

Cécile Bertin : Dès que j’ai entendu parler de cette course, il y a déjà quelques années, elle s’est immédiatement rangée dans la case des trucs débiles à faire un jour ! J’ai couru dans pas mal de déserts, tenté de courir en montagne, j’ai même couru en Antarctique. Il me manquait la jungle et je n’ai pas été déçue du voyage.

Running Café : Au final, est-ce que votre expérience a été à la hauteur de vos attentes ?

Cécile Bertin : Très honnêtement ça a même été au-delà de mes espérances parce que j’en ai bavé comme jamais ! J’ai un peu l’habitude de ce type de format et franchement c’est la première fois que la vidéo d’une course est en dessous de la réalité du terrain. Souvent les teasers des courses, c’est un peu comme les teasers des films comiques, on a toutes les bonnes blagues en 1min20 et on est forcément un peu déçu lorsqu’on découvre l’intégralité à l’écran. Eh bien là, croyez-moi sur parole, ce que vous voyez à l’écran si vous avez la curiosité d’aller voir les films, c’est juste le haut de l’iceberg… J’ai repoussé mes limites plus que jamais. Franchement j’ai voulu lâcher l’affaire je ne sais combien de fois tellement c’était dur physiquement et mentalement. Mais ce n’est plus de mon âge ! J’ai mis 2 mois à me remettre de la blague.

Running Café : Avec un peu de recul maintenant, qu’est-ce qui a été le plus dur finalement pendant la course ?

Cécile Bertin : La solitude, la plupart du temps, parce qu’on n’est pas nombreux sur ce type de délire et franchement la jungle seule, en ayant conscience qu’on va devoir se débrouiller toute seule quoi qu’il arrive, j’ai connu plus facile. La chaleur et l’humidité se gèrent à condition de ne pas hésiter à plonger dès qu’on voit une mare ou une rivière pour faire tomber la température corporelle. Enfin il était temps que ça se termine parce que je n’arrivais plus à me nourrir correctement les deux derniers jours et sans carburant ça devient tout de suite plus compliqué. Autre truc qu’il faut bien assimiler avant de partir : la jungle n’est pas ton amie, la jungle ne t’aime pas et te le fait bien sentir ! Tu touches un truc :  soit ça coupe, soit ça pique, soit ça irrite…

Running Café : Quel est le truc que vous avez préféré ?

Cécile Bertin : Forcément le côté aventure de l’histoire et tous les petits trucs à côté, comme me baigner tous les soirs dans le fleuve avec le soleil qui se couche, dormir dans un hamac, rencontrer les populations locales qui sont absolument adorables. Et le jus de fruits frais qui m’attendait tous les jours sur la ligne d’arrivée !

Running Café : Est-ce que c’est vraiment dangereux finalement ? Je veux dire, est-ce que vous sentez que vous pouvez vous faire attaquer par un fauve ou vous faire mordre par un serpent et si oui, est-ce que les mesures d’intervention et de secours mises en place par les organisateurs vous semblent suffisantes ?

Cécile Bertin : Alors oui, c’est une réalité, il ne faut pas se voiler la face. Les fauves, même si on traverse une réserve de jaguars, je ne pense pas, sachant qu’on a interdiction de le faire la nuit. A ce sujet la barrière horaire très courte bloque la majorité des coureurs et le feu du camp est sensé les tenir éloignés. Maintenant j’ai moi-même été attaquée par une espèce de guêpe géante. Je me suis retrouvée piquée à plus de 25 endroits sur le corps et j’ai bien cru que j’allais y rester quand j’ai vu ma main gauche gonfler et se paralyser. Mon corps brulait et j’ai eu le reflex totalement stupide de m’arroser avec mon eau pour calmer tout ça. Résultat ? Plus de flotte et un CP à environ 7km… Heureusement je suis tombée par hasard sur un coureur perdu qui rebroussait chemin pour retrouver les marques et qui avait suffisamment d’eau pour nous deux. Son calme et sa gentillesse m’ont permis de tenir jusqu’aux docs. Mais que les choses soient très claires : si je faisais une allergie aux piqures, j’y restais. Purement et simplement. Aucune fusée de détresse, aucun bip de secours pour vous localiser… vous voulez l’aventure, la pure, la dure ? et bien là vous en avez pour votre argent !

Running Café : Est-ce que c’est une course que vous trouvez chère, comparée aux autres que vous connaissez ?

Cécile Bertin : Toutes ces courses sont beaucoup trop chères, soyons honnêtes deux secondes ! Mais nous avons là le même niveau de « prestation de services » qu’ailleurs, exception faite du MDS, qui reste à ce jour la course la plus sûre et la mieux organisée au niveau logistique de masse que je connaisse.

Running Café : Quels conseils donneriez -vous à celles et ceux qui aimeraient faire la course ?

Cécile Bertin : Déjà, pourquoi pas me contacter pour un brief précis de ce qui les attend ! Plus sérieusement, il ne faut surtout pas négliger l’aspect matériel car il est vraiment capital dans ce type d’aventure. Pour l’entrainement, si je vous dis qu’il faut apprendre à nager tout habillé et avec son sac sur le dos dans le sens du courant, évidemment, ça risque d’en effrayer certains… Il faut aborder l’épreuve avec le minimum de respect qu’un ultra demande. Je le dis souvent mais c’est vrai.

Running Café : Quel est le truc qui franchement ne vous a pas trop plu ?

Cécile Bertin : l’étape longue et la boue jusqu’en haut des cuisses… et les 2.5km de rivière à descendre avec les troncs d’arbre arrachés sur lesquels on s’empalait à pleine vitesse sans les voir arriver. Franchement, là j’en avais ma claque de cette natation pas du tout synchronisée.

Running Café : Il y a de par le monde de grandes courses qui peuvent être faites plusieurs fois, voire même refaites chaque année. Est-ce que le Jungle Marathon s’inscrit dans le cercle très fermé de ces très grandes courses ?

Cécile Bertin : Franchement j’ai du mal avec l’idée de faire 2 fois les mêmes courses surtout qu’il en existe tant partout dans le monde. En fait, moi j’aime plutôt l’idée que je viens la première fois pour courir et si j’ai aimé j’y reviens en touriste pour vraiment profiter et découvrir l’endroit. Je rêve de retourner en Atacama par exemple. Et là le Brésil, j’ai très envie d’y retourner mais franchement je me vois plus descendre le fleuve sur un bateau plutôt que de tenter encore de le traverser à la nage ! Mais pour ceux que ce type d’aventure excite un peu, le Jungle Marathon est définitivement fait pour eux.

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