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Arizona dream

Propos recueillis par Gaël Couturier. Photos Aravaipa Running

Vous cherchez un endroit insolite où vous balader cet été ? Si l’Amérique vous branche mais que vous préférez sortir des sentiers battus, loin de New York, de la Floride ou de la Californie, ne cherchez plus : l’Arizona c’est THE destination. Jamil Coury est un jeune chef d’entreprise spécialisé dans les events de trail running. Il est un de ceux qui font bouger la pratique outre-Atlantique. Son orientation philosophie est simple : des courses fun mais hard dans des paysages de cowboy et d’indiens comme on en voit dans les films. Bref, ce gars-là est un metteur en scène, une scénographe.

Running Café : Est-ce qu’on peut commencer par vous demander les origines de votre nom ? Vous ne seriez pas un peu indien d’Amérique sur les bords vous ?

Jamil Coury : Ah ah, non non pas du tout, mon nom est libanais. Bon, c’est vrai que le nom de ma boîte, Aravaipa, prononcez Air-uh-vie-pah, est le nom d’origine Apache d’un canyon de la région. Cela dit, ma famille a émigré du Liban, qui était encore à l’époque la Syrie, dans les années 1900. Ils sont arrivés aux USA et sont venus s’installer ici en Arizona.

Running Café : Ah je savais bien qu’il y avait des indiens dans cette histoire. L’Arizona est un état magnifique, souvent sous-estimé par les touristes européens car il est vrai que nous en entendons peu parler. Le dernier européen à s’intéresser à vous c’est pour moi Emir Kusturica et sa bande d’allumés de son Arizona Dream : Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway, Lili Taylor, Vincent Gallo. Ces paysages de cow-boy, son désert, sa chaleur, ses cactus, tout ça est très charmant, du moins c’est dépaysant. Qu’est-ce qui d’après vous fait que votre Arizona de cœur est un endroit magique pour la pratique du trail running ?

Jamil Coury : L’Arizona tient une place à part dans mon cœur et pour plusieurs raisons. D’abord, comme je vous le disais, ma famille est ici depuis des générations et aux Etats-Unis c’est quand même quelque chose de rare car les américains bougent pas mal. Mes ancêtres s’étaient installés à une heure et demi de route de Phoenix dans une ville minière où ils travaillaient comme marchands dans un magasin d’alimentation. J’aime la diversité naturelle de cet état dans lequel on trouve des tas d’écosystèmes très différents les uns des autres et sur une superficie relativement petite. Regardez, moi je vis dans le désert de Sonoran mais je peux me retrouver entouré de pins en moins d’une heure de voiture et en terrain alpin deux heures plus tard, toujours sans sortir de l’état. En Arizona, il y a des montagnes, des déserts, des canyons, des forêts, des rivières, des lacs et des plaines à perte de vue. C’est donc un terrain de jeu infini pour ceux qui aiment l’outdoor. Et même si vous habitez en pleine ville, à Phoenix je veux dire, qui est une énorme ville typiquement américaine avec des banlieues à n’en plus finir et des mall de partout, et bien il y a ici beaucoup de parcs et d’espaces verts qui sont tous mieux entretenus les uns que les autres. De même, il y a pas mal de sentiers toujours bien tenus pour la pratique du trail running. En sortant de chez moi, je peux ainsi par exemple me retrouver avec 750 mètres de dénivelé positif sur une boucle technique d’à peine 8 km. Franchement, chez vous en Europe, à moins d’habiter près des montagnes c’est quand même quelque chose de pas évident à trouver, si ?

Running Café : Pas faux. Quand vous me dites ça je pense tout de suite à mes copains d’Annecy. Mais ils n’ont pas de désert ni de cactus et en hiver, et bien, ils se caillent ! Revenons à nos montons et en particulier à votre job : quel est l’ADN de votre boîte sachant que les participants à vos épreuves ont de plus en plus de choix pour aller courir partout dans le monde et particulièrement ici aux USA ou en Europe, avec une belle montée en puissance de l’Asie et de la Chine ces derniers temps ?

Jamil Coury : Un point qui me semble important c’est de ne jamais oublier que nous sommes tous différents. Ce que je veux dire par là, c’est que notre expérience de running et nos objectifs sont très différents de l’un à l’autre. En ce qui me concerne, je crois au fait d’être authentique d’une part et de proposer des aventures vraiment épiques d’autre part. J’étais scout quand j’étais petit vous savez et je partais parfois un mois entier loin de chez moi à explorer les quatre coins de ce vaste pays. Cette éducation m’a fait apprécier les voyages, a nourri ma soif d’aventure en tant qu’adulte et mon attirance pour la découverte géographique en général. J’ai commencé à courir quand j’étais au lycée et puis j’ai continué à l’université. A cause de cette envie d’aller chercher plus loin, de voir ailleurs, je me suis très vite tourné vers les longues distances, les très longues distances même, comme la Hardrock 100 par exemple, une des plus vielles et des plus mythiques courses de 100 miles américaines. Ma boite, Aravaipa, est comme le prolongement de mon amour pour ma région d’origine et tous ces trip que j’ai pu y mener en étant plus petit. Mais je l’ai aussi créée en partant du principe que tout le monde n’a pas eu la chance de vivre les mêmes aventures et qu’une de mes missions pouvait être d’en faire profiter le plus de gens possible. Nous avons plusieurs types de distances. Il y en a pour tous les goûts car c’est important que les gens prennent peu à peu confiance en eux quand ils partent sur des terrains inconnus qui peuvent paraître à première vue hostiles. C’est vrai aussi que d’année en année, la boîte s’est mise à proposer de plus en plus de longues distances et même des courses en altitude. Je pense par exemple à Black Cayon 100 Km, Whiskey Basin 88 Km ou encore Flagstaff Sky Race. Ça sort des schémas et des distances attendues, classiques, et je trouve ça très bien. Je crois que c’est ce que les gens veulent. Ensuite, je revendique une certaine authenticité. Ceux qui travaillent avec moi sont tous des trailers confirmés, passionnés par ce sport et ces espaces naturels. En tant que locaux, nous entretenons de plus des liens sincères avec les gens que nous sollicitons et qui nous aident à faire tenir debout notre entreprise : les bénévoles notamment. On aime vraiment faire partager notre amour pour tous ces beaux paysages. Courir avec nous doit être une expérience mémorable. C’est vraiment ce qu’on cherche à faire.

Running Café : En janvier dernier, vous êtes parti faire la Hong Kong 100 (vibramhk100.com). C’était votre premier voyage là-bas et vous avez terminé dans un chrono fort honorable de 20h34’47’’. Est-ce que vous y avez vu des choses intéressantes d’un point de vue de l’organisation ? C’est quand même une course phare du calendrier de l’Ultra Trail World Tour.

Jamil Coury : Oui, cette course, franchement, c’est une des meilleures organisations que j’ai jamais vues mais je n’en attendais pas moins d’une entité comme l’Ultra Trail World Tour. Les ravitos étaient au top, tout comme les bénévoles : beaucoup de bouffe et beaucoup d’entre-aide ! Le parcours était de plus très bien fléché et un vrai contraste avec la ville de Hong Kong. Ces organisateurs étaient au top de la technologie : aux différents check points, ils avaient par exemple installé des scanners d’identification par radiofréquence, ou RFID (Radio Frequency Identification), une technique en plein essor qui permet d’identifier les coureurs de manière simple et fiable. C’est le même principe que lorsque vous faites vos courses et qu’on scanne un barecode. Ça m’intéresse pour mes propres épreuves.

Running Café : Sur votre site, dans votre bio, j’ai lu que vous aviez fait 60 ultras dans les neuf dernières années, ce qui fait entre six et sept par an et donc plus ou moins un par mois. Ça me semble beaucoup. Vous ne vous êtes jamais blessé ?

Jamil Coury : 90 ? Non, en réalité, j’en ai fait 75 et je suis dans ma 11ème année d’ultra running donc je pense que 6 ou 7 par an c’est quelque chose de raisonnable en ce qui me concerne, surtout quand je compare avec d’autres gens. Comme beaucoup de coureurs d’ultra, vous savez, moi je peux très bien me servir d’un 50 km ou d’un 50 miles pour m’entraîner à faire une plus grosse course dans la saison. Oui, comme beaucoup, je me suis déjà blessé, ça m’est arrivé. Mais ça, c’était surtout dans mes jeunes années de pratique car, depuis, je sais beaucoup mieux qu’avant reconnaître mes signes de fatigue et j’écoute aussi davantage mon corps. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je récupère aussi beaucoup mieux maintenant qu’auparavant et je suis donc capable de faire beaucoup plus de km. Logique non ?

Running Café : Je pense que beaucoup d’athlètes élites, comme vous, envoient parfois un message dangereux aux coureurs amateurs en général et à ceux qui sont particulièrement sensibles à cette mode de l’ultra : le message que n’importe qui peut faire de l’ultra, sans forcément toujours bien se préparer. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Jamil Coury : C’est un point de vue, intéressant qui plus est. Mais je ne sais pas si moi, personnellement, je renvoie ce message que faire de l’ultra c’est quelque chose de facile. Ce n’est en tout cas pas ce que je pense. Cela dit, je vous le répète, un 50 km ou même un 50 miles, pour moi, à mon âge et à ce point précis de mon existence de coureur à pied ne m’apparaît pas comme quelque chose de déraisonnable. Mais cela ne veut absolument pas dire que je ne respecte pas la distance, au contraire ! Et cela ne m’empêche pas de penser que les distances d’ultra sont réalisables par beaucoup. A partir du moment où un coureur est attiré par ces distances, je pense qu’il est en mesure d’y parvenir, de façon saine et avec de l’entraînelent je veux dire. Mais je suis d’accord avec vous sur le fait que ces events ne doivent certainement pas être pris à la légère et qu’une progression régulière est la clé de performances saines et réussies. Je pense que c’est quelque chose que je répercute très bien dans mes vidéos ou mon blog par exemple (https://www.aravaiparunning.com/blog/).

Running Café : Je vois que pas mal de vos courses sont qualificatives pour l’UTMB. Qu’est-ce que vous en pensez de cet événement-là en particulier ? Et comment expliquez-vous le relatif succès des coureurs américains sur ces événements de montagnards européens ?

Jamil Coury : J’ai fait l’UTMB en 2015 et j’ai aussi participé à la CCC en 2016. J’adore Chamonix et toutes ces séries de courses qui s’y déroulent. Je crois qu’une partie du succès de ces courses tient à la fois à l’ambiance mais aussi au site qui est vraiment incroyable. Et puis les organisateurs sont très forts pour faire en sorte que leur event soit considéré comme le Super Bowl de l’ultra running. Franchement chapeau ! Moi, j’ai vraiment vécu des choses très intenses quand j’étais là-bas et ne serait-ce que terminer la course est quelque chose qui a une grande valeur à mes yeux. Je prévois d’ailleurs d’y retourner cet été et faire la TDS. Bon, pour répondre maintenant à votre deuxième partie de question, je pense que les américains, par le passé, sous-estimaient complètement l’intensité des pentes que vous pouvez trouver sur cet UTMB. Chez nous, en Amérique, sur des courses du même genre, on a beaucoup de virages alors que là, vous les européens, vous allez souvent tout droit en montée comme en descente ! Mais je pense qu’il y a de plus en plus d’Américains qui prennent la mesure de cet event et qui s’y préparent correctement. On a par exemple vu le team Nike Trail prendre 3 des 6 meilleures places sur l’UTMB l’année dernière. Ah, là vous ne me dites plus rien ! (rires)

Running Café : Ah ah, peut-être, on verra cette année s’ils progressent encore. Ou pas. Vous pensez donc d’une manière générale que les courses nord américaines d’ultra trail sont plus faciles que les courses européennes ?

Jamil Coury : C’est une question difficile pour moi car, vous savez, je n’ai pas beaucoup couru en Europe, même si celles que j’ai faites sont parmi les plus difficiles, comme l’UTMB ou la Rhonda Dels Cims, qui s’appelle maintenant l’Andorra Ultra Trail (andorraultratrail.com). Je pense que ces deux courses ont été les plus difficiles de toute ma carrière de coureur. Chez nous en Amérique, je crois qu’on peut légitimement les comparer à la Hardrock et la Mogollon Monster. La Barkley, dans un autre genre, est aussi une de nos courses les plus difficiles, mais elle est vraiment à part celle-là. En général, ce que je peux dire c’est qu’il y a plus de courses « faciles » aux USA qu’en Europe, oui.

Running Café : Pour de nombreuses courses dont nous sommes en train de parler, la Hardrock ou l’UTMB par exemple, mais je pourrais aussi ajouter la Western States 100 par exemple, c’est devenu la guerre pour s’inscrire. Il faut soit des points, soit passer par un tirage au sort qui franchement est un peu dur à avaler. Dites-moi si je me trompe mais je crois qu’aucun de vos events ne fonctionne de cette manière. Ils sont ouverts à tous et il suffit de s’y inscrire normalement, sur Internet. Ne pensez-vous pas que ces procédés d’inscription super compliqués vont dans le sens contraire de l’esprit qui anime l’ultra running, à savoir la liberté et le droit de jouir de la nature avec le minimum de contraintes possible ?

Jamil Coury : Vous savez, je crois que les courses les plus populaires sont en réalité victimes de leur succès. C’est le cas aux USA mais c’est aussi le cas partout dans le monde. Il y a une dichotomie énorme entre l’offre et la demande dans ce sport et puis il ne faut pas oublier que dans beaucoup de ces endroits très beaux où se déroulent ces courses, les organisateurs font face à des contraintes qui leur sont imposées par les pouvoir publics, comme par exemple des restrictions en terme de nombre de coureurs. Vous avez raison, la beauté du trail running c’est de pouvoir aller courir où vous voulez quand vous voulez. Mais rien ne vous empêche d’aller sur le parcours de la Hardrock 100, Western States 100 ou de l’UTMB en dehors des dates de course et de faire le parcours ! Mais si vous voulez participer à un évènement organisé alors il faut le faire avec les règles établies par l’organisateur. C’est le seul moyen. Il n’existe pas de système parfait et chaque course à sa manière de faire, avec son histoire, sa situation géographique et ses moyens. Dans mon pays, ils pourraient tout aussi bien monter les prix ou donner les dossards aux enchères mais ils ont tout simplement choisi de faire une loterie. Disons que c’est plus américain.

Running Café : Parlons un peu du programme que vous mettez en place pour les femmes, le Women’s Ultra Training Program. Sur votre site web, encore une fois, vous écrivez que vous voulez créer un environnement fun et encourageant pour les femmes afin qu’elles puissent s’entraîner ensemble, obtenir des réponses aux questions qu’elles se posent et même avoir un forum internet pour échanger librement. Pourquoi ce besoin ? Quelles sont donc ces questions 100% féminines dont les réponses sont parfois difficiles à trouver ?

Jamil Coury : Ce programme est encadré par une de mes collaboratrices, Hayley Pollack, qui travaille avec nous depuis 2 ans maintenant. Le but est de proposer un accueil et un soutien dans un environnement 100% féminin à celles qui n’osent pas se lancer dans l’ultra. Le but est de faire grossir la communauté des femmes dans ce sport. On invite notamment des athlètes pour des talk où elles nous parlent de leur expérience de femme en élite. C’est quelque chose que nous développons et qui plaît beaucoup je dois dire.

Running Café : Un mot sur quelques courses iconiques américaines. Commençons par la Hardrock, une course qui n’est pas encore beaucoup médiatisée en Europe. Quelles sont ses particularités et pourquoi la recommanderiez-vous ?

Jamil Coury : Ah. La Hardrock voilà la course qui m’a donné envie de faire de l’ultra. C’est sauvage, difficile, très pentu, loin de tout et en haute altitude. J’avais vu des photos de la course en 2006 sur le web et j’ai aussitôt su que c’était une course pour moi. Les montagnes San Juan sont très spectaculaires vous savez et puis l’histoire de ces ouvriers des mines de la région est très intéressante à mon goût. C’est un endroit rare. La beauté de ces montagnes est à couper le souffle, ce qui tombe mal étant donné la difficulté de la course et l’inclinaison de certaines de ces pentes. On a parfois l’impression qu’elles n’ont pas été dessinées par la nature pour être arpentées à pied par des hommes et des femmes. Ce qui participe aussi au fait de rendre la course si singulière, c’est la générosité des gens qui s’occupent de cette épreuve. Ceux qui y participent sont d’une race à part. Je ne sais pas, cet endroit et cette course sont vraiment deux choses très très spéciales à mon avis. Les coureurs ne viennent pas juste pour le weekend et repartent chez eux aussitôt la course terminée comme des consommateurs. Ils arrivent des semaines avant, ils s’immiscent dans la vie locale et partagent tous ensemble un moment de partage incroyable. C’est comme une grande réunion de famille et tout ceux qui débarquent à Silverton, la ville la plus proche, sont accueillis comme des membres de la famille. C’est assez rare et très extraordinaire.

Running Café :  H.U.R.T 100. Encore une course mythique aux USA, mais que peu de gens connaissent car elle se déroule à l’autre bout du monde pour la plupart d’entre nous : à Hawaii. Pourquoi cette course vous tient-elle particulièrement à cœur ?

Jamil Coury : Parce qu’une fois de plus, on y retrouve des gens incroyables. La course est méconnue chez vous, peut-être, mais elle existe pourtant depuis plus de 30 ans et est toujours organisée par le même groupe de trail runners depuis ses débuts. Le parcours n’est pas tout à fait idéal car il est fait de cinq tours avec pas mal d’allers-retours mais c’est quand même super sympa de voir les coureurs faire ces va-et-vient, d’autant qu’ils peuvent ainsi se jauger et savoir où en sont les uns et les autres. Bon, et puis il y a quand même plus de 7500 m de dénivelé, sans compter le nombre incroyable de racines qui jonchent le sol du début à la fin. Pourquoi je conseille d’aller faire cette course ? Mais c’est parce qu’elle se déroule à Hawaii. Hawaii ! Que voulez vous que j’ajoute à ça ?

Running Café : Et le Barkley marathon ? Expliquez-nous quelque chose que je ne comprends pas : les gens qui y participent et se font sortir au bout de deux ou trois ou même quatre tours s’en vantent dans les réseaux sociaux ! Mais vu que la course fait cinq tours, ils se vantent d’avoir échoué. Personnellement, ça me dépasse. Pas vous ?

Jamil Coury : Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment de frime. On ne l’imagine pas tant qu’on ne l’a pas vécu mais je vous assure que terminer ne serait-ce qu’un seul tour de cette infernale Barkley, en ramenant toutes les pages du livre qu’il faut et sous la barrière horaire qui est sévère, est en soi une énorme performance ! Et je ne parle que d’un seul tour ! Alors en finir trois ou quatre, franchement, c’est assez rare et extraordinaire pour être noté dans ce monde parallèle de la Barkley. Quant à être capable de commencer son cinquième et dernier tour… Oui, d’un certain côté vous avez raison : tous ces gens dont vous parlez ne sont pas des finishers au sens strict du terme, et moi le premier puisqu’en 2015, je n’ai terminé que trois tours et qu’il m’a fallu 32h57’08’’ pour le faire. J’ai démarré le 4ème tour mais j’ai mis 22h de plus avant de revenir alors que le cut-off était à 48h, avec toutes mes pages cela dit. Cette année-là, personne n’a fini le 4ème tour et donc personne ne s’est même lancé sur le 5ème et dernier tour (mattmahoney.net/barkley/). Je ne dis bien sûr pas que j’ai été au bout du truc, évidemment, mais je sais que je reste suffisamment excité par cette course de fous pour rêver d’un 5ème tour un jour prochain.

Running Café : Jared Campbell a terminé 3 fois cette course de dingue. J’imagine que vous le connaissez. En quoi est-il différent et comment expliquez-vous son succès sur cette course ces dernières années alors que tant de gens échouent lamentablement ?

Jamil Coury : D’abord je crois que Jared est un athlète unique, une sorte de monstre physique qui pratique autant la course à pied que l’escalade et d’autres sports extrêmes. Je sais aussi qu’il est très à l’aise tout seul dans la nature. Parfois, il part seul dans son coin toute une journée en forêt ou en montagne pour y pratiquer tout un tas de sports. Il a ainsi déjà fait un trip qu’on appelle Zironman et qui consiste à faire de l’escalade et du canyoning, canyoneering comme on dit chez nous, dans le parc national de Zion, dans le sud de l’Utah. Mais lui il fait ça seul. Il est dingue. Je pense que Jared possède un mental à toute épreuve. C’est un optimiste de nature et rien ne peut l’abattre. C’est aussi un dur à cuire qui ne recule devant rien et quand il a une idée en tête, il va jusqu’au bout.

Running Café : Dernière question, un peu politique si vous me le permettez. Est-ce que l’élection de Donald Trump va changer des choses pour la pratique du trail running aux Etats-Unis ? J’ai cru lire ici et là que certains avaient peur d’un impact négatif sur l’environnement.

Jamil Coury : Mouais, on peut dire que l’élection de Donald Trump n’est pas vraiment une belle promesse en matière de respect et de protection de la nature qui est notre terrain de jeu nous les coureurs à pied qui pratiquons le trail running. Avec ses équipes, ils ont déjà fait le pas d’ouvrir certains territoires aux industries chargées de l’extraction des ressources naturelles ou bien de vendre des parcelles de terre à des intérêts privés. Cela pourrait avoir comme conséquence de réduire et détruire des terrains qui jusque-là devaient revenir aux générations futures. J’espère que le congrès ne laissera pas passer ça et qu’ils verront à long terme. A part les amoureux de la nature, il y a aussi la survie d’animaux sauvages et tout un écosystème naturel qui sont en jeu.

+ d’infos sur aravaiparunning.com

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