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Même si l’Ironman de Nice est réputé comme étant l’un des deux plus durs d’Europe avec Lanzarote dans les îles Canaries espagnoles, c’est une course qui se gagne quand même dans les 8h30. On est loin des 7h40 du Challenge de Roth mais ce n’est pas non plus une course inaccessible, même pour un débutant. En témoigne la dernière victoire de l’espagnol Victor Del Corral en 8h30 pile avec une natation en 54’16, un vélo en 4h48’04 » et un marathon éclair en 2h42’28 ». A noter que son poursuivant, le sud-africain James Cunnama est à 5 petites secondes. Cunnama s’en ira ensuite gagner l’Embrunman. Et Yves Cordier nous dit d’ailleurs ici ce qu’il en pense… aie !

Merlin l’enchanteur

En août 2015, le group chinois Dalian Wanda Group, dirigé par Wang Jianglin, l’homme les plus riche de Chine, achète pour $650 millions la société World Triathlon Corporation, maison mère des courses Ironman, au fond d’investissement américain Providence Equity. Ce fond détenait Ironman depuis 2008. A peine quelques semaines plus tard est lancé le 2ème Ironman France, à Vichy, sous la direction de Gaël Mainard, un ancien pro français, et de sa jolie femme. En janvier 2016, ce même Dalian Wanda Group, via Ironman, rachète à Lagardère Sport ses épreuves de masse : 5 championnat du monde de triathlon ITU, 6 épreuves de vélo dont 5 Velothon, 6 marathons dont celui de Bordeaux, et quelques autres épreuves internationales dont des duathlons. Enfin, juillet 2016, un mois après la 12ème édition de notre Ironman France à Nice, un attentat lâche et sanglant est commis sur la promenade des anglais et tue 86 personnes. Mais la course continue. Elle aura bel et bien lieu à l’été 2017. Et s’il y a bien un homme en France capable de nous parler de l’Ironman de Nice, c’est Yves Cordier. L’ancien champion français de l’époque de Mark Allen, l’athlète mythique de ce sport, est niçois d’origine. Il est aussi magicien. Car depuis qu’il a repris l’organisation de l’Ironman et l’a fait déplacer de Gérardmer à Nice, cette course est devenue l’une des plus triathlon du monde, tout simplement.

Crédits photos Getty Images et Gaël Couturier.

Running Café : Pour qu’on comprenne bien Yves en quoi vous êtes un témoin essentiel du développement de l’Ironman en France laissez-moi vous poser cette question : votre statut chez Ironman a-t-il évolué depuis le récent rachat chinois ?

Yves Cordier : Non, pas du tout. Depuis 2010, je suis toujours le manager Ironman pour toute la France. L’organigramme Ironman n’a pas changé, même administrativement, même aux Etats-Unis. Il y a toujours un bureau Europe, dont je dépends, et nous sommes toujours dans la recherche de la perfection pour les fans d’événements sportifs participatifs. Gaël et Amandine Mainard sont directeurs de course à Vichy et moi à Nice. Ensuite, tout ce qui touche aux droits et autres contrats de partenariat ou de sponsoring remonte directement aux Etats-Unis pour être checké et validé. C’est un management à l’américaine vous savez : rien n’est laissé au hasard. Tout ce qui est finance en France passe par moi et, avec l’aide d’une comptable, je fais également tout remonter aux Etats-Unis. Rien ne se fait sans l’aval des américains. Au total, Ironman en France, avec toutes nos courses, c’est 8 salariés.

Running Café : Je comprends. Parlons de l’évolution Ironman maintenant. Il y a de plus en plus d’événements au fameux label à travers la planète, parfois même dans des pays lointains qui, jusqu’ici, n’avaient absolument rien à voir avec le triathlon. Qu’est-ce qui, selon vous, explique la popularité toujours grandissante de ces épreuves ?

Yves Cordier : Vous avez raison. Si on reste dans le périmètre de l’Europe, la croissance en trois ans a été multiplié par deux : deux fois plus d’événements, deux fois plus d’inscriptions. Mais vous savez, il ne suffit pas d’avoir le nom Ironman pour que ça marche. Ça serait trop facile. Je suis très bien placé pour voir au quotidien le travail qui se fait dans cette maison américaine au développement international. Je sais que ce qui fait la force de nos épreuves c’est entre autre le fait que personne ne se repose jamais sur ses lauriers. Pour ça, les américains sont très très efficace. Prenez les organisateurs de l’Ironman de Vichy par exemple, Gaël et Amandine Mainard. Ils travaillaient avant avec les allemands de Challenge car leur épreuve était au calendrier de cet organisateur concurrent. En deux ans avec Ironman, je peux vous dire qu’ils ont bien compris la différence et toute la pertinence du travail qu’il faut réaliser pour organiser et développer un événement comme l’Ironman. Quand j’entends certain me dire que l’Ironman de Nice se fait tranquillement, je peux vous dire que c’est faux. Le travail à réaliser subit lui aussi une croissance exponentielle. C’est comme un sportif qui atteint un gros niveau en championnat de France et qui se dit que l’année d’après il va encore gagner. S’il ne met pas les bouchées doubles, ne repousse pas ses limites et n’exploite pas ses capacités à l’extrême, il est certain qu’un autre va prendre sa place. C’est pourquoi chaque année, nous cherchons encore à améliorer les choses et pourquoi nous poussons la machine encore plus loin. Les américains ne nous font pas de cadeau. Bien sûr que l’Ironman projette une image extrêmement positive mais c’est très loin de suffire. C’est un peu comme les frères Alistair et Jonathan Brownlee, les triathlètes anglais qui raflent tout en courte distance : ils montent pour la deuxième fois sur le podium olympique, dont la plus haute pour Alistair et pour la deuxième fois consécutive, mais je pense que ça a été beaucoup plus compliqué pour eux à Rio l’été dernier que ça ne l’avait été il y a 4 ans de ça à Londres.

Running Café : J’aime bien votre image du sportif. Du coup, en tant qu’ancien champion de triathlons longues distances, ça ne doit pas trop vous poser de problème cette intensité du management à l’américaine si ?

Yves Cordier : Il y a une détermination chez moi, c’est vrai, une habitude de ne jamais baisser les bras dans les moments difficiles. Le rôle d’un organisateur c’est souvent de gérer les moments difficiles vous savez. C’est très rare d’avoir une organisation qui n’a pas de couac. Quand j’entends les gens nous dire « vous devriez faire ça, ça et ça… », je pense qu’ils ne se rendent pas compte. Le rêve est toujours facile. C’est ce qui le définit. Mais la réalité c’est autre chose. Un événement comme l’Ironman de Nice c’est presque 4000 personnes à gérer, entre tous les prestataires, les forces de l’ordre, le médical, les bénévoles, et je ne parle même pas des athlètes et des enfants qui participent à nos épreuves pour jeunes. Depuis 2004 quand j’ai signé le contrat avec Ironman, j’ai appris peu à peu, nous avons fait des erreurs, mais nous avons aussi surtout énormément progressé.

La natation dans la baie des Anges est une merveille à elle toute seule. Le soleil se lève à peine, la foule est en délire, les départs par 4-6 athlètes sont espacés de quelques secondes, l’eau est si claire que vous pouvez lire sur votre montre où montent vos pulsations cardiaques, et les plongeurs sous-marins assurent votre sécurité. Zennnn.

Running Café : Sur la dernière édition, à laquelle j’ai participé, et où nous avons eu une météo particulièrement mauvaise, pour ne pas dire épique, avec une tempête de grêle sur le vélo notamment, vous avez quand même eu un score de 96% de satisfaction de la part des participants, via les questions réponses d’après course sur Internet. Qu’est-ce qui explique ce taux de satisfaction qui est, je n’en doute pas, un des plus haut du monde ?

Yves Cordier : On en est très fier, c’est vrai. Suivant les lieux où sont organisés les Ironman, la complexité de l’organisation n’est pas la même et les prestations ne sont pas non plus les mêmes. Sur les Ironman américains, les prestations sont souvent moindres qu’en Europe, moindres qu’en Allemagne, Suisse ou Autriche par exemple. Je me suis déplacé l’année dernière sur l’Ironman du Pays De Galles. J’ai trouvé ça…différent. Le lieu et le contexte d’une course peuvent donner une vision totalement différente aux athlètes, alors que les distances sont pourtant les mêmes. La course de Nice a une histoire, de mark Allen à Marcel Zamora. Nice c’est un symbole aussi, c’est la côte d’Azur bien sûr mais c’est aussi plus de 30 ans de triathlon. Le parcours vélo, d’une seule boucle, est peut-être aussi ce qui attire les gens, d’autant que ce n’est pas souvent le cas sur un Ironman d’avoir un parcours vélo d’une traite et aussi spectaculaire. Mais je crois surtout que c’est la promenade des anglais, où tout est pour nous regroupé au même endroit : les hôtels sont à côté, la natation se fait en traversant la rue, il n’y a qu’un parc à vélo, et même l’aéroport est à côté ! C’est magique. Et puis bien sûr il y a cette ambiance, une fois de plus sur la promenade des anglais, pendant le marathon. C’est une belle fête, c’est vrai. Cela dit, chaque course a ses spécificités et je me garderai bien, à l’inverse de vous, de faire un classement entre l’Ironman de Nice et les autres.

Running Café : Oui, OK Yves, mais ce parcours vélo, il est quand même mythique ! Et puis il correspond aussi à votre personnalité non ? Embrun et ses cols monstrueux est l’autre course fétiche de vos années phare en tant qu’athlète. L’Ironman de Nice, quand on le compare aux autres Ironman de la planète, c’est quand même très différent, beaucoup plus spectaculaire, beaucoup moins ennuyeux !

Yves Cordier : Peut-être. Moi je pense qu’il faut toujours construire un parcours en harmonie avec le lieu où l’épreuve se déroule. Chez nous, on aurait tord de chercher un parcours tout plat le long de la côte par exemple. Nous avons un parcours qui grimpe, c’est vrai, mais n’exagérons rien : ce n’est quand même pas trop dur, les 60 derniers km sont tout en descente ! Mais bon, c’est vrai, je le reconnais, que dans les commentaires des coureurs étrangers, on voit bien qu’ils ont l’impression de faire quelque chose d’unique, quelque chose qu’ils n’ont pas à portée de main habituellement.

Running Café : On est d’accord. Et si vous deviez me nommer un point faible ou un point vous pouvez encore progresser sur ce parcours de Nice ça serait quoi ?

Yves Cordier : Il y a toujours des points noirs quand vous avez une épreuve de cette taille dans une ville aussi importante que Nice. Vous ne pouvez pas faire qu’une ville entière comme celle-là vive à l’heure de l’Ironman, comme c’est le cas ailleurs, parfois. On y travaille, des changements s’opèrent peu à peu, mais c’est un travail de fond qui n’est pas simple, surtout quand vous vous retrouvez face à l’Euro de foot ou le Nice Jazz festival. Le but, pour nous, c’est de mettre un maximum de gens dans Nice aux couleurs de l’Ironman et de leur faire vivre, même s’ils ne sont pas compétiteur, une part de l’Aventure fantastique. On peut toujours faire mieux, c’est sûr, mais bon, parfois, il faudrait aussi un peu plus de moyens.

Running Café : Est-ce qu’on pourrait imaginer faire un 70.3, c’est à dire un half-Ironman à Nice ? Cela permettrait de faire venir des gens dans cette ambiance de l’Ironman qui ne sont peut-être pas prêt à attaquer 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course à pied, ces très longues distances qui caractérisent un Ironman ?

Yves Cordier : C’est facile à Vichy de faire un 70.3 la veille de la course Ironman mais ça ne s’y prête pas à Nice. Historiquement, la France est un pays très riche pour le triathlon, que ce soit au niveau des athlètes ou des événements. Mon territoire, aujourd’hui, c’est la France dans son entier et il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine. Nous avons déjà déposé deux fois la candidature de Nice pour un championnat du monde Ironman 70.3, sans succès malheureusement. Mais comme la ville de Nice ne souhaite pas abandonner ce projet, c’est une affaire à suivre. Mais bon, comme on en a parlé tout à l’heure, on est en train de faire plein de chose avec Ironman ces temps-ci, notamment faire progresser le marathon de Bordeaux et donc pour le moment, un 70.3 à Nice, ce n’est pas la priorité.

« On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ! Si tu n’as pas d’ambition, et que tu veux être le roi de ton village et bien ça te regarde ! Les « championnats du monde » longue distance ITU c’est très bien, mais bon, tout le monde sait bien que les 50 meilleurs mondiaux en triathlon longue distance sont chaque année réunis à Hawaii, à Kona sur l’Ironman World Championship », Yves Cordier.

Running Café : Revenons sur ce parcours vélo de légende, une beauté. Est-ce que vous avez déjà pensé à le changer pour le faire évoluer et le rendre différent, peut-être même encore plus beau, si jamais c’est possible ? Trouver 180 autres km dans l’arrière pays niçois ça ne doit pas être si sorcier si ?

Yves Cordier : C’est beaucoup plus compliqué que vous le pensez. Ce qui est bien vous savez c’est de rester stable sur un parcours d’une année sur l’autre. Pourquoi ? Parce que ça permet au gens d’avoir des repères, de se reconnaître. Prenons l’exemple d’Embrun. Ce qui s’est passé sur la dernière édition d’août 2016, c’est juste complètement stupide. Ils ont eu des modifications à apporter au parcours course à pied, très bien, mais là résultat, au lieu de faire 42 km, les coureurs n’ont fait que 38,6 km. Alors, forcément, dans ces conditions, tous les records tombent. Le sud-africain James Cunnama qui court en 2h45’ à Embrun…ça interpelle ! C’est quasiment impossible de faire de tel chronos vu la difficulté de cette course. Si vous commencez à transformer les choses, les records ne sont plus les mêmes, les dénivelés et les distances risquent de ne plus être les mêmes. Bref, vous ne pouvez plus comparer, vous perdez toute référence. Moi je pense que les gens aiment bien s’évaluer sur un même parcours. C’est une première chose. Ensuite, c’est aussi très compliqué de gérer les contraintes logistiques avec les différentes villes et villages traversés. Et pour arriver à avoir quelque chose de sûr et de stable, ce n’est pas en changeant tous les ans qu’on va y arriver. Mon responsable vélo travaille sur le dossier du parcours vélo 8h par jours, alors que le parcours ne change pas ! Vous imaginez si on se met à vouloir le changer ? On devra tout reprendre à zéro. Non non, restons sérieux. Nous ne changerons rien sur ce point là.

Le parcours vélo est une petite pépite que les Ironman du monde entier nous envient : Nice, Saint-Laurent-Du-Var, la côte qui tue de Gattières, Saint-Jeannet, Vence, Tourrettes-sur-loup, Le Bar-sur-loup, Châteauneuf de Grasse et les 20 km de montée du col de l’Ecre, Caussol, encore une côte, Gréolières, encore une côte à Saint-Pons, puis une autre à Coursegoules, un aller-retour de 10 km environs qui vous sape le moral, une autre côte encore après Bouyon et avant d’entamer la belle descente vers la mer en passant par Le Broc, Carros, Gattières encore. Et non, ce n’est pas fini car sur les 20 dernier km, vous avez le vent de face. Ça enlève le sourire ! Mais que c’est bon ! Spectaculaire. Irremplaçable. A faire et à refaire.

Running Café : Je comprends la logique, en effet. Abordons maintenant un sujet qui peut fâcher : celui des accidents. Je sais qu’il y a malheureusement chaque année des accidents sur ce parcours vélo, et parfois même des accidents graves. Il y a eu par exemple un décès en 2013 suite à une chute – ou plutôt à un mur pris de plein fouet dans un virage. Pour avoir moi-même participé – et terminé – 6 fois la course, et n’être jamais tombé, je sais que vous n’êtes pas en cause, pas en faute, mais bon, les faits sont là. Alors comment faire pour éviter ce genre de drame ?

Yves Cordier : Nous n’avons pas un taux d’accident qui est dramatique et puis les chutes les plus graves ne se font pas forcément dans les descentes. Cette année, où nous avons, comme vous l’avez remarqué, eu des conditions de courses dantesques pendant quelques heures à cause de grosses chutes de pluies, c’est étonnamment là où nous avons eu le moins d’accident. Il y en a eu, oui, mais moins. Le gars qui se fait une pizza et qui remonte sur le vélo pour moi ce n’est pas considéré comme un accident, ou une intervention que je vais transférer au PMA (Poste Médical Avancé). Regardez l’évolution des cyclosportives de vélo partout en France : on a de plus en plus d’accidents qui sont très graves et qui peu à peu obligent les organisateurs à ne plus chronométrer que certaines portions du parcours, voire à enlever complètement toute notion de chronomètres. Il ne s’agit malheureusement pas, pour ces accidents, de prise de risque liée à une performance de haut niveau. Mais quoi qu’il en soit, ça donne à l’arrivée, comme sur l’Etape du Tour l’an passé, des accidents très graves. Chaque année à Nice, je reçois des témoignages d’athlètes niçois, alors qu’ils sont très loin dans le classement, sur bien des comportements à risques particulièrement inutiles. D’un point de vue d’organisateur, on informe les coureurs, on met des signaleurs, des peintures sur le sol, des policiers des gendarmes. Mais c’est comme en voiture quand tu vois des mecs qui te doublent sans aucune visibilité ou qui grillent des feux rouges : c’est la bêtise humaine. Encore hier, j’ai vu un mec à vélo, à l’entrainement donc, prendre un virage avec un manque de visibilité de fou. S’il y avait eu une voiture en face, c’était fini pour lui. Il était mort. Je ne sais pas, c’est quelque chose de particulier, ça me dépasse. Les gens et leur bêtise.

Running Café : Je suis d’accord avec toi. Changeons de sujet. Quoique. On imagine la difficulté que c’est pour un organisateur d’accepter des handisports sur une course comme Ironman, notamment lorsqu’on sait qu’un fauteuil va beaucoup, beaucoup, plus vite qu’un coureur sur le marathon, là où la rue est déjà partagé entre ceux qui font leur aller vers l’aéroport et les autres qui font leur retour vers le centre de la Promenade des Anglais. Quand on regarde les images de NBC sur l’Ironman d’Hawaii, on voit toujours des portraits très émouvants de gens qui sont handicapés et font des choses extraordinaires. Je me demandais si vous aviez des consignes officielles de la part d’Ironman en ce qui concerne un quota d’handisport à accepter sur vos courses par exemple ou s’il n’y avait pas de politique du tout sur cette question et si vous étiez complètement libre.

Yves Cordier : On a un cahier des charges ultra poussé dans le domaine de la sécurité. On est une entreprise américaine, ne l’oublions pas. Il faut donc savoir que le moindre préjudice aura potentiellement des conséquences importantes, et notamment financièrement. Les règles pour nous sont de ce point de vue très claires. Notre but n’est pas d’interdire et de limiter la pratique de la discipline et l’accès aux courses Ironman à certaines catégories de coureurs mais bel et bien de prendre en compte la sécurité de tous, valides comme handisports. Chaque parcours a ses particularités et celui de Nice ne se prête pas bien à ce type d’accueil : 2500 athlètes au départ, beaucoup de virages à vélo, des descentes, quelques portions de route qui restent ouvertes à la circulation, un marathon où parfois la chaussée n’est pas très large. Pas simple. Il y a des épreuves Ironman qui sont plus spécifiquement réservées aux handisports, avec des slots qui leur sont réservés pour Hawaii. C’est parfois difficile pour certaines personnes d’évaluer correctement la difficulté que peut représenter un défi comme un Ironman et pour nous, c’est essentiel de ne pas prendre de risques inconsidérés. Parce qu’au final, il peut y avoir des blessés et des coûts très importants.

Running Café : Je suppose que vous avez regardé les performances des athlètes allemands Jan Frodeno et Suisse Daniela Ryf à Hawaii en octobre dernier lors du championnat du monde Ironman. Daniela Ryf fait 8h46’:46’ et bat le record jusqu’ici établie par Mirinda Carfrae (8h52’:14’’). Jan Frodeno lui ne fait pas le meilleur chrono de tous les temps à Hawaii. Ses 8h06’30’’ sont supérieures aux 8h03’:56’’ de Craig Alexander en 2011, mais il devient le 10ème homme a gagner plus d’une finale Ironman et le 5ème à défendre son titre avec succès. Sans oublier que pendant ce temps-là, un autre allemand, Patrick Lange, bat lui le record du marathon le plus rapide à Kona, jusqu’ici établi par le King Mark Allen en 1989, il y a 27 ans donc ! Bon, et on pourrait aussi revenir sur la performance extraordinaire de Jan Frodeno, encore, qui, en juillet dernier à Roth, avant Kona donc, qui écrase le record du monde de la distance Ironman jusque-là détenu par Andreas Raelert (7h41’:33’’ en 2011) avec un effarant chrono de 7h35’:39’’. Natation en 45’:22’’, vélo en 2:40’:35’’ et marathon en 2:40’:35’’. Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?

Yves Cordier : C’est très rapide, c’est sûr mais bon. Il faut être très très prudent quand on cherche à comparer les performances des uns et des autres, surtout à Kona, où les conditions météos jouent un grand rôle et peuvent être totalement différentes d’une année sur l’autre à cause de la chaleur et du vent. Mark Allen en 1989 et 1992, puisque vous en parlez, il fait quand même 8h09’ ! Pour l’époque c’est très fort ! Moi je n’ai pas envie de comparer une victoire d’Eddy Merckx avec celle d’un champion d’aujourd’hui comme Chris Froome par exemple. Le matériel est différent, les conditions météo sont peut-être différentes, les moyens sont certainement différents, les entrainements sont différent. Heureusement que ça évolue ! Je vois des trucs tellement bêtes sur les réseaux sociaux parfois. Non, vraiment, comparer des performances, c’est compliqué. Frodeno et Ryf vont peut-être gagner l’an prochain avec 15 ou 20 minutes de plus qui sait ? L’important, ce n’est pas le chrono, c’est la victoire. On n’est pas dans quelque chose de mesurable. Il y a je le répète, le vent, la chaleur, l’humidité. Moi j’ai beaucoup de respect pour ceux qui gagne, c’est tout. Je prends l’exemple de Frederic Van Lierde, c’est un garçon qui a construit sa victoire sur plusieurs années et qui a gagné quand il fallait. Il a su murir, construire et mettre en difficultés des gens qui étaient peut-être meilleur que lui sur le papier mais, bon, voilà, le jour J c’est lui qui a gagné. C’est le résultat qui compte et ce n’est que le résultat qui compte pour moi. Et quand vous regardez les Jeux Olympiques aujourd’hui, tout le monde se fout des chronos. Ce qui compte c’est la victoire. Rien d’autre.

Running Café : Et par rapport aux performances française alors, toujours à Kona en octobre dernier, vous en pensez quoi : pas de top 10, le premier français Cyril Viennot est 18ème alors qu’il fait 6ème en 2015, toujours pas de victoire ni de podium français alors qu’on assiste à une domination Allemande.

Yves Cordier : Cyril est encore en train de progresser et son résultat est un fait de course. C’est dû aux circonstances de la course et cela ne veut absolument pas dire qu’il est en train de régresser. Il faut savoir prendre du recul, de la hauteur et je me garderai bien de critiquer qui que ce soit. On a une génération qui est en train de monter, avec des Anthony Costes et des Bertrand Billard mais oui, c’est vrai qu’on est loin de l’Allemagne qui met 5 allemands dans les 7 premiers : Frodeno, Kienle, Lange, Boecherer, Stein.

« Tous les athlètes pro qui font Hawaii, du premier jusqu’au dernier sont testés contre le dopage. C’est assez rare, et même unique en son genre dans les annales du sport moderne que tous les athlètes pros d’une compétition soit systématiquement testés par l’AMA, l’agence mondiale anti-dopage », Yves Cordier.

Running Café : Thomas Hellriegel, Lothar Leder, Jürgen Zäck, Normann Stadler, Faris Al-Sultan, Andreas Raelert…l’Allemagne c’est un pays qui a toujours bien performé dans l’Ironman à très haut niveau, c’est à dire à Kona. Ce n’a jamais été le cas de la France. Vous avez une explication ?

Yves Cordier : C’est vrai que l’Allemagne sait amener ses triathlètes à la performance sur Ironman. C’est compliqué pour un français de construire une situation professionnelle dans le triathlon à haut niveau mondial. A cause du manque de partenaire. Et la fédération française de triathlon n’a rien à voir là-dedans. Un triathlète qui performe sur Ironman, ce n’est pas grâce à la fédération, c’est grâce à ses partenaires qui sont capables de le soutenir. Point.

Running Café : Je me souviens pourtant moi d’une discussion que j’avais pu avoir avec des triathlètes français de la génération précédente, et je ne vais pas citer de nom, mais qui se justifiaient de leur mauvais résultat sur Ironman en expliquant que la fédération les forçait à se rendre sur les épreuves fédérales et les championnats du monde ITU sans jamais les aider financièrement ou en leur dégageant du temps pour s’entraîner et courir sur le circuit Ironman alors qu’il a toujours été beaucoup plus médiatique et rémunérateur.

Yves Cordier : Non mais arrêtez, moi ça ne je veux même pas l’entendre ! Chacun doit prendre ses responsabilités. Si tu veux être fonctionnaire et bénéficier de l’aide de la fédération pour ton boulot, et bien tu ne peux pas dans le même temps cracher dessus et te plaindre que tu ne peux pas être au top sur les Ironman. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ! Si tu n’as pas d’ambition, et que tu veux être le roi de ton village et bien ça te regarde ! Personne ne les a empêché ces athlètes-là d’essayer d’aller briller sur Ironman. Un mec comme Patrick Vernay, à l’époque, il a au contraire pris ses responsabilités : il est parti en Nouvelle-Calédonie pour vivre loin du système fédéral et mettre toutes les chances de son côté pour réussir sur Ironman. Résultat : il en a remporté 9 au total dont 7 en Australie et 2 en Corée du Sud, loin de l’hexagone donc. Un autre bon exemple c’est aussi René Rovera, un mec qui a aussi choisi sa voix en privilégiant notamment l’Ironman. A un moment donné, il faut avoir de l’ambition et il ne faut pas rendre les autres responsables de sa situation, surtout si elle ne te convient pas. Si tu veux faire les « championnats du monde » longue distance ITU ça te regarde mais bon, tout le monde sait que les 50 meilleurs mondiaux, ils sont chaque année à Hawaii, à Kona, sur l’Ironman World Championship. C’est mon opinion. Donc celui qui prétend que la fédé ne lui permet pas de briller sur Ironman, je dis non, c’est faux. Point final.

Quel que soit votre niveau en triathlon, et si vous rêver d’une grande course et d’une épreuve organisée sans aucune faille, celle d’Yves Cordier est totalement magique. Un must-do vraiment. La natation est hyper safe, le vélo est dur mais pas non plus impossible comme à Embrun et le marathon est plein d’éclats, de bruits et de fureurs : la foule est en délire ! « Je l’ai couru 6 fois et à chaque fois j’ai vécu un moment aussi intense et merveilleux que difficile. Cette course est l’une des mes deux ou trois préférées au monde, et c’est juste à côté de chez nous les Français. Une chance de fou quand on y réfléchit ! » Gaël Couturier.

Running Café : Quand on pense Ironman on pense parfois à l’équation suivante : sport américain = dopage. On se dit que c’est le sport spectacle qui compte avant tout et que les contrôles anti-dopage sont soit pas fait, soit pas efficace. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Yves Cordier : Chaque athlète pro à Hawaii, il y en a une centaine, subit une prise sang et un contrôle des urines avant la course ainsi qu’un autre contrôle équivalent après la course. C’est Ironman qui met en place et paye pour ce suivi, contrôlé, je précise, par l’Agence Mondiale Anti-dopage et non par Ironman. Mais ce n’est pas tout ! Il y a des contrôles tout au long de l’année. Je connais des athlètes Français qui, à peine rentré d’un Ironman au bout du monde, en l’occurrence en Australie, boum, contrôle anti dopage. Ironman finance le suivi de cette lutte anti-dopage qui est la même pour tous et dépend, encore une fois, de l’AMA. Je le répète donc : tous les athlètes pro qui font Hawaii, du premier jusqu’au dernier sont testés. C’est assez rare, et même unique dans le sport moderne je crois, que tous les athlètes pros d’une compétition soit systématiquement testés par l’AMA. Ça n’existe pas ailleurs à ma connaissance.

Running Café : Bon, et sinon vous l’avez revu Mark Allen ? Il est sympa, c’est un peu votre copain ou bien il se la raconte à chaque fois et vous rappelle ses victoires et vos défaites ?

Yves Cordier : Non non, il est très sympa. Il a d’ailleurs été le premier à vouloir venir à Nice suite aux attentats de l’été dernier. D’une manière générale d’ailleurs, je tiens à dire que le monde Ironman a été très sensible à cette horreur qui s’est produite. Cela montre qu’on a des valeurs fortes dans l’Ironman, des valeurs qui tiennent la route.

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