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Mourra, mourra pas

Photos Ironman, Gaël Couturier

L’un des plus beaux Ironman de la planète va peut-être disparaître. Il se situe au bout du monde, sur une île tranquille nommée Langkawi, au nord de la Malaisie, à quelques miles nautiques de la Thaïlande. Cette épreuve phare du calendrier asiatique depuis presque 10 ans a déjà été arrêtée, faute de sous, faute d’organisateurs sérieux. Et elle a bien failli ne jamais renaître de ses cendres. C’était sans compter sur l’acharnement d’un manager Ironman australien décidé qui, lui, ne s’avoue jamais vaincu et d’une cohorte de triathlètes amoureux du site, locaux, expatriés et occidentaux en mal de voyages qui vous changent la vie. Pour faire le point sur ce « drame » du triple effort, nous avons rencontré les acteurs et nous avons choisi, en vous faisant rêver grâce aux images, de vous compter avec nous dans ces amoureux du sport qui soutiennent les plus grandes épopées. Car cette course extrêmement difficile, où même les singes sur le parcours vous lancent des branches et autres noix de coco pourries (véridique !), est en train de devenir un mythe. Il faut qu’elle vive. Langkawi mon amour. Propos recueillis en Malaisie fin 2016.

A cœur vaillant rien d’impossible !
Geoff Meyer est donc australien. Mais il est surtout le responsable du bureau Asie pour Ironman où il gère le développement de la marque et des épreuves labélisées. C’est un triathlète élégant, overbooké mais sûr, serein. Quant à sa stratégie de développement qui consiste à privilégier les courses courtes, elle semble porter ses fruits. L’Asie est un marché relativement neuf pour Ironman et la culture du triple effort y est encore naissante. Alors Mr Meyer allez-vous ou non sauver l’Ironman de Malaisie ?

Running Café : J’ai quand même la mauvaise impression que cette course, pourtant magnifique, dont il faut noter l’incroyable transition climatisée du vélo à la course à pied, n’attire pas autant d’européens et d’américains qu’elle le pourrait, ou le devrait. Cet endroit a tellement de potentiel ! Quelles sont donc les difficultés que vous rencontrez pour attirer plus d’occidentaux ?

Geoff Meyer : D’un côté je suis d’accord avec vous, mais d’un autre côté je pense que votre opinion repose sur une vue de l’esprit qui ne prend pas en compte les particularités de la course que, pourtant, vous connaissez bien. En premier lieu, je pense que c’est une épreuve difficile. Il y a la chaleur et l’humidité qu’il faut pouvoir négocier. Par conséquent, cette course ne s’adresse pas à tout le monde mais plutôt à des gens, locaux ou expatriés, qui vivent et s’entraînent dans la région, ou bien à des triathlètes aguerris capables de s’y attaquer sans trop de risques de finir en vrac dans un fossé. Ensuite, et c’est là que je rejoins votre analyse, nous progressons chaque année et nous avons de fait de plus en plus d’occidentaux qui sont basés en Europe ou aux Etats-Unis. Ironman possède une énorme database de clients confirmés ou potentiels et nous les activons sans cesse mais, vous savez, ce qui marche encore le mieux dans notre business, c’est le bouche à oreille. Rien ne vaut les discussions que vont avoir les athlètes entre eux au bord du bassin ou sur le vélo quand ils parlent des courses à faire dans la saison. Celui qui est venu chez nous, reparti avec sa médaille de finisher et d’excellents souvenirs va être le meilleur ambassadeur possible. Il va en parler, sans doute mettre ses photos en ligne sur les réseaux sociaux, bref, communiquer comme personne. Et il sera crédible. Mais vous savez, on a beau organiser ici le plus bel événement possible, il y aura toujours des problèmes immuables qui influent sur la décision d’un athlète : le coût du voyage, la durée du voyage, le décalage horaire, le temps qu’il faut pour se préparer à une telle épreuve… Personne n’a envie de se jeter à corps perdu dans une aventure comme celle-là sans préparation et sans informations. Mais c’est pour ça que vous êtes-là les médias non ? Langkawi est une île paisible, céleste même, oui, mais le terrain de jeu qu’elle offre est aussi bien différent que ce que vous pouvez trouver dans vos Ironman français, européens et américains. Il ne faut pas l’oublier.

Running Café : Rentrons dans le vif du sujet. Je sais que vous rencontrez des difficultés avec le gouvernement qui, pour le moment, remet en question l’organisation de la course et de l’épreuve l’année prochaine. Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe exactement ? Est-ce une question d’argent ? Est-ce une question de dessous de table que vous refusez de donner ?

Geoff Meyer : C’est une question difficile. Le gouvernement local et la population nous soutiennent complètement, il n’y a pas de doute là-dessus. Des pétitions ont même circulé en notre faveur, peu après la course, car notre événement est apprécié de tous. Le taux de satisfaction des athlètes était ainsi encore très haut cette année, même si nous avons eu un orage très important en plein milieu de la course qui en a mis plus d’un en difficulté. Les nouveaux sites de départ, de transition vélo – course à pied et d’arrivée que nous avons mis en place depuis deux ans nous donnent également entière satisfaction. L’événement donne aussi du travail aux gens sur place. Mais c’est au niveau du gouvernement national de la Malaisie que ça bloque. Nous étions bien liés avec l’ancien gouvernement mais il y a eu des élections récemment et le nouveau gouvernement est plus difficile à convaincre. Nous avons besoin de leur soutien financier pour pouvoir organiser notre course. Et pour le moment nous ne l’avons pas. Courant février, j’aurai sûrement une réponse définitive à vous apporter sur la survie ou non de cette épreuve mais, pour le moment, je ne peux vous en dire davantage. Je suis australien, vous êtes français, ils sont Malaisiens. Les cultures et les façons de faire du business sont différentes. Nous négocions, mais ce n’est pas facile, je le reconnais.

Running Café : Connaissant un peu certains pays d’Asie dont vous vous occupez, j’ai du mal à comprendre pourquoi si peu de ces pays ont des courses Ironman alors que beaucoup ont des 70.3. Certes, on le sait, les distances sont doubles sur un Ironman et demandent donc plus de préparation mais justement, vous avez quand même plus de chance d’attirer des occidentaux venus du bout du monde sur un full Ironman que sur un 70.3 non ? Qui va payer un billet d’avion 600€, se taper 6 à 8 heures de décalage horaire, 4 à 5 nuits d’hôtel à 60-100€ pour 4-5 heures de course ? Sur un Ironman au moins, la course dure toute la journée ! Votre boss américain Andrew Messick, ça ne doit pas trop lui plaire tout ça si ?

Geoff Meyer : Ecoutez, la stratégie c’est de consolider une base de participants à partir d’Ironman 70.3 et aussi d’épreuves Ironman 51.50 (la distance olympique, ndlr) que nous avions un peu laissé tomber ces dernières années, voire complètement stoppées sur les continents américain et européen.

Running Café : Je croyais qu’Andrew Messick n’en voulait plus justement de ces petites distances ?

Geoff Meyer : Vous avez raison et j’en ai souvent discuté avec lui mais ce qui fonctionne aux USA ne fonctionne pas forcément sur mon territoire. Vous savez, on ne peut pas se contenter d’attendre les expat’ et les triathlètes occidentaux qui ont le bon goût et les moyens financiers de voyager au bout du monde pour faire le plein d’un Ironman ici, en Asie. Quand en Europe et en France les grosses courses se courent avec 2000 ou 3000 participants, ce n’est pas suffisant et pas rentable pour nous de le faire avec 500-600 personnes. Sur un 70.3, l’équation est différente. Nous pouvons mettre en place des relais, ce qui fonctionne très bien avec le public asiatique qui n’est pas encore mûr pour enchaîner des distances comme un Ironman ou même un 70.3. En relais, les distances deviennent tout de suite beaucoup plus accessibles et les gens s’inscrivent plus facilement. Je le constate chaque année. Le but pour nous est de construire une base solide de triathlètes sur de plus petites distances, en relais ou sur 70.3 pour les faire ensuite venir sur IM. Mais cela prend du temps, c’est vrai. On ne construit pas une génération de triathlètes capables de faire un ou deux Ironman par an en une année. Cela fait plus de 30 ans que l’Ironman existe en occident alors je crois que ce n’est pas comparable. Et puis vous savez, il faut aussi prendre en compte que nous ne pouvons pas compter que sur notre team d’experts australiens et européens qui sont venus renforcer nos équipes pour mettre sur pied toutes ces épreuves. Il nous faut, comme partout dans le monde, et c’est bien normal, pouvoir compter sur des équipes locales. Et j’avoue que cela prend également du temps de les former. Je ne veux pas les lancer directement sur un Ironman avec le risque qu’il y ait des problèmes, peut-être même des accidents. Il n’y aurait rien de mieux pour faire fuir tous ces occidentaux dont vous parlez. Car chez vous, les courses se déroulent sans encombres. Moi je préfère assurer le coup en laissant aux équipes locales le temps de mûrir et de s’aguerrir sur de plus petites courses.

Running Café : Je crois que cela fait sens, effectivement. Parlons de la Chine. Quand allons-nous voir le premier Ironman là-bas ?

Geoff Meyer : Vous savez, on a déjà 5 épreuves de 70.3 là-bas maintenant et même si l’idée de départ était de lancer un Ironman dès 2017, j’ai réussi à convaincre tout le monde d’attendre encore un an. C’est la même logique que celle dont je vous parlais juste avant : les chinois ne sont pas prêts à remplir un Ironman et je sais que je ne peux pas non plus compter sur les expat’ occidentaux de la région Asie pour me le remplir. Ça ne marchera pas. Et puis, là encore, en terme d’organisation, nous allons rencontrer des problèmes si nous nous y lançons trop tôt. Et c’est normal ! Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Et les nouveaux propriétaires l’ont très bien compris. Ils nous font totalement confiance.

Running Café : Quid de Singapour ? Vous venez d’y ouvrir un bureau, c’est votre QG pour l’Asie et c’est une ville propre, où les chaussées sont lisses, la météo clémente et la foule certainement enthousiaste. Pourquoi n’y avez-vous pas encore de 70.3 ?

Geoff Meyer : Aujourd’hui il n’y a plus une seule course de triathlon à Singapour même, alors qu’il y avait un format ITU auparavant. L’idée est ici encore une fois de repartir de la base, de faire un petit triathlon, sans doute un 51.50 mais aussi un format ITU de haut niveau pour y faire venir les meilleurs du monde et susciter les vocations chez les habitants de Singapour. Nous avons besoin de fans. Cela étant dit, Singapour est aussi une ville très compacte, très dense où il est assez difficile de bloquer la circulation. Et puis c’est aussi une ville très chargée en terme événements sportifs. Je ne parle pas du grand prix de F1 mais il y a notamment le marathon dont on a repris l’organisation. Tout ça n’est pas simple, mais bon, on travaille dessus et on va aboutir à quelque chose. Mais je ne peux pas encore en parler.

Running Café : Geoff Meyer, l’homme qui réinventa le triathlon en Asie ! Je dois dire que vos méthodes me plaisent. Je trouve tout cela très prometteur. Vous êtes un bon Mr Meyer !

Geoff Meyer : Ah ah, ce que je ne veux pas c’est monter une course et la voir disparaître comme cela a souvent été le cas ici en Asie avant que je ne rejoigne la société Ironman. Dans cette région du monde, avec les courses existantes je veux dire, nous nous appuyons sur des partenaires locaux fidèles et extrêmement compétents. Nous avons donc bon espoir pour les années à venir. Ce n’est pas facile pour nous de trouver les bons interlocuteurs pour lancer une nouvelle course. Beaucoup d’entrepreneurs veulent acheter une licence Ironman et organiser une course labélisée mais, souvent, c’est sans vraiment savoir de quoi il s’agit dans le fond. Cela demande donc aussi du temps de notre côté pour trouver les bons interlocuteurs. Comme vous l’avez dit, nous venons tout juste d’ouvrir le bureau de Singapour, nous en avons un autre à Kuala Lumpur, alors qu’auparavant tout était piloté de l’Australie. On se développe, on avance, mais on le fait en posant des bases solides et je préfère avoir deux ou trois Ironman qui fonctionnent bien plutôt que 5 qui tirent la langue, ne font pas le plein et sont sur le point d’être arrêtés. Je dois y aller. Je pars au Japon. J’ai un avion à prendre…

Running Café : OK, bon vol alors ! Ça semble tenir la route votre affaire : des Ironman aux Philippines, au Vietnam, en Chine, en Malaisie, en Indonésie, en Corée, au Japon, à Taiwan et même aux îles Mariannes ? Ça nous promet de beaux moments de sport !

Parole de pro
Jérémy Jurkiewicz, 28 ans, membre du team privé Pewag (pewagracingteam.com) aux côtés de Marino Vanhoenacker et Faris Al-Sultan – et tout jeune papa d’un petit Noah – est un français dont le métier est, depuis 2012, de parcourir le monde en catégorie pro pour essayer de se faire une place sur le circuit ultra compétitif des Ironman. C’est donc un des rares français à vivre à 100% de son sport sur la distance et le label Ironman : le team Pewag le paie pour faire du triathlon. Pas mal ! Avec plusieurs top 20 à Hawaii, là où il fait à la fois très chaud et très humide, le jeune homme était pour le moins préparé à affronter la fournaise Malaisienne. Il termine cinquième avec un marathon très honorable en 3h08 (après avoir nagé 3,8 km et roulé 180 km), deuxième européen derrière le suédois Frédéric Croneborg et juste devant une ex-star de la discipline que les niçois et les Embrunais connaissent bien : l’espagnol Marcel Zamora Perez.

Running Café : Vous faîtes 5, est-ce que vous êtes surpris ou bien vous pensez que vous êtes à votre place ?

Jérémy Jurkiewicz : Je suis content de ma course, même si je suis à la fois surpris et un peu déçu de ma place mais bon. L’année dernière avec un chrono de 3h08 sur le marathon tu gagnais la course et là je ne fais que 5ème, c’est donc que le niveau était élevé ou que les conditions météo n’étaient pas les mêmes, plus faciles peut-être, je ne sais pas car je n’y étais pas. Bon, après j’ai quand même bien géré à la fois à vélo et à pied où mes 15-20 premiers km étaient vraiment compliqués. Je pose le vélo presque en tête mais je me fais reprendre sur le premier semi marathon. Mais je n’ai rien lâché, j’ai livré bataille. C’est ce que je retiens.

Running Café : Comment avez-vous fait pour remonter la pente ?

Jérémy Jurkiewicz : Sur une course comme ça, il faut absolument gérer et ne pas s’emballer. J’ai changé ma dynamique de course en plein milieu du marathon parce que la chaleur et l’humidité commençaient à me faire mal. Je m’arrêtais à tous les ravitaillements, j’étais à l’agonie. Je m’aspergeais d’eau froide et c’est seulement à ce moment-là que je me suis senti mieux. Il m’a fallu 15-20 km pour m’en remettre de ces 180 km de vélo ! D’habitude, je suis un battant, je vais au combat contre les autres. Dès qu’un mec me double, je m’accroche. Mais là, je ne pouvais rien faire, je me suis fait doubler et je n’arrivais pas à m’accrocher. Passé le semi, ça allait mieux : je n’ai pas repris de places malheureusement mais j’ai déjà arrêté d’en perdre, c’est déjà ça. Pour moi, ce combat, c’est toute ma réussite car j’ai réussi à rectifier le tir, à m’accrocher. Sans quoi j’aurais très bien pu finir en marchant sur le marathon.

Running Café : Mais c’est parce que vous vous êtes laissé embarquer dans un rythme qui n’était pas le vôtre à vélo non ?

Jérémy Jurkiewicz : Je ne sais pas, non je ne crois pas. Je pense que je ne me suis pas assez bien alimenté sur la fin du vélo et le début du marathon. J’aurais dû manger plus. Bon, c’est sûr que sur la fin du vélo, ça roulait fort devant entre Croneborg et moi. Pour penser à bien boire j’avais un minuteur donc je n’ai pas fait d’erreur de ce côté là. Vous savez je crois aussi qu’à vélo avec le déplacement d’air, vous ne ressentez pas tant la chaleur alors que sur le marathon, là forcément, ça fait tout de suite plus mal.

Running Café : Mais alors cette épreuve dans l’ensemble elle est belle ou pas ?

Jérémy Jurkiewicz : Je n’étais jamais venu faire de course aussi proche de l’équateur. J’ai déjà couru en Australie mais ce n’était pas pareil. A Langkawi, il fait bien chaud, humide aussi. Je dois dire que l’organisation d’une telle épreuve ne doit pas être simple : ils ont trois sites de course ! Tout ça demande une sacrée logistique. Là dessus, rien à redire, c’était vraiment parfait. A la limite il y avait même trop de points de ravitaillement sur le marathon, c’était dingue ! On m’avait dit qu’à vélo, il y avait des routes granuleuses et qu’il fallait se méfier mais, en fait, pas du tout : le revêtement est très correct, bien mieux qu’à Lanzarote en tout cas ! Aucun souci avec la circulation non plus. La natation était hallucinante : balisée comme jamais ! Moi je me suis fait brûler par une méduse au premier tour et sur le coup, ça m’a fait tellement mal que j’ai bien cru ne pas pouvoir repartir. Après, le parcours vélo n’est pas du tout monotone comme sur certaines autres courses. Ça passe bien vite. Le marathon a été long par contre, pas toujours très animé. Mais bon, de toute façon le marathon sur Ironman c’est toujours dur. A Hawaii, la Mecque, tu fais le marathon sur une autoroute alors ! Non, après, ce qui m’a un peu dérangé parfois, vu que je n’étais pas logé dans les grands hôtels paradisiaques conseillés par l’organisation, c’est la pauvreté et la saleté de certains coins. Par contre, la semaine d’avant la course quand tu te balades à vélo ou en courant pour t’entraîner et essayer de t’acclimater, les gens sont super gentils, ils t’encouragent, c’est vraiment chouette.

Running Café : Fredrik Croneborg, il est tout petit mais il va vite, et il s’entraîne dans la région – il vit en Thaïlande. Vous pensez que ça l’aide et lui permet de faire la différence ?

Jérémy Jurkiewicz : oui c’est sûr que ça aide vraiment beaucoup d’être acclimaté. J’ai fait plusieurs courses à Hawaii et au Texas en y allant sans être acclimaté et je peux témoigner que tu perds en performance, c’est quelque chose d’énorme. Bon, il ne faut pas se leurrer non plus, même lui a souffert de la chaleur. En ce qui concerne son gabarit, je pense qu’en triathlon longue distance, il n’y a pas un gabarit type. Parfois, il y a même des mecs en léger surpoids par rapport aux autres et qui s’en sortent très bien. Frederick il a vraiment sorti un gros marathon cette année. Il court en 3h01, c’est fort. Je ne suis pas du tout étonné de sa victoire. Il était clairement dans mes favoris.

Running Café : Vous arrivez juste devant Marcel Zamora, qui a pile 10 ans de plus que vous. Vous lui mettez presque 4 minutes en natation, il rattrape son retard à vélo mais vous creusez l’écart à pied et finissez à presque 6 min devant. On le connaît bien en France car il a gagné 5 fois Embrun et 5 fois Nice mais est-ce que vous aviez déjà couru contre lui ?

Jérémy Jurkiewicz : J’ai rarement couru contre lui mais je le connais bien pour l’avoir vu à Nice notamment. Ce qui est sûr c’est que le parcours est trop roulant pour qu’il s’exprime au mieux. C’est un grimpeur le gars. Je suis d’ailleurs assez impressionné de son retour en vélo ici à Langkawi. J’ai aussi su qu’il s’était fait opérer en début d’année alors, pour moi, cet Ironman était un peu comme son retour à la compétition et je trouve qu’il fait une super course, même s’il finit sixième. Je crois qu’il devrait être assez content. Peut-être qu’il n’a pas dit son dernier mot sur cette distance. Après, comme tout compétiteur, bien sûr que je suis content d’être devant, surtout que c’est un très bon coureur à pied et que j’ai bien cru qu’il allait revenir.

Running Café : Est ce que sur ces épreuves, quand on est pro, on ne risque pas de se retrouver à la bagarre avec des mecs qui sont dopés ? Des jeunes pros, pas encore connus qui n’ont jamais rien gagné et qui donc ne sont pas testés ?

Jérémy Jurkiewicz : Le dopage est partout, même sur les petites courses de quartier. Quand je passe une ligne d’arrivée ou que je suis sur un podium, j’essaie de ne pas y penser. Quand un mec a été suspendu et revient au plus haut niveau, on a et on aura toujours des suspicions. Et puis, bon, je crois qu’il y a des coureurs qui sont couverts, dans le cyclisme comme dans le triathlon. Parce que c’est un business, une grosse machine et avec pas mal d’enjeux financiers et qu’il ne faut surtout pas que ça s’arrête. Sur Ironman, si un jour ils chopent une grosse star, je ne suis pas persuadé qu’ils vont l’annoncer. Parce que ça pourrait leur nuire.

Running Café : Juste une question comme ça en passant pour qu’on se rende bien compte des réalités de la vie de pros qui voyagent dans des pays merveilleux : vous vous entrainez combien d’heures par semaine ?

Jérémy Jurkiewicz : En moyenne sur l’année c’est 22-24h par semaine mais parfois ça monte à 40h, quand approche une grosse compétition.

Running Café : Est-ce que c’est une épreuve que vous recommanderiez à vos copains qui vivent en France et si oui quel conseil vous leur donneriez ?

Jérémy Jurkiewicz : Je la recommanderai sans hésiter, même pour un premier parce que de toute façon un Ironman ça reste toujours dur. C’est super dépaysant comme course et j’espère que la course ne va pas disparaître. Pour les conseils, je leur dirai de s’acclimater et réduire les allures sur la course comme par exemple marcher aux ravitaillements. Ce n’est pas perdre du temps mais plutôt en gagner pour la suite.

A pappu, pappu et demi (ou les p’tits rigolos, en français dans le texte)

Ingit Anand et Anand Marar sont deux copains d’enfance. Deux indiens pure souche assez marrants qui sont venus à Langkawi faire leur premier Ironman. Malgré un entraînement poussif (surtout pour Anand), un peu de poids en trop (toujours chez Anand), et des vélos en alu aussi lourds qu’un pousse-pousse, il sont venus à bout de leur course et ont atteint leur rêve : être Ironman finisher. A cœur vaillant… Chapeau bas les artistes !

Running Café : Est-ce que vous recommanderiez cette épreuve à vos copains restés en Inde ?

Ingit & Anand : Absolument ! D’ailleurs, s’ils font la course en 2017 nous y reviendrons tous les deux. Cet endroit est juste trop beau, vraiment. Les plages sont toutes magnifiques, propres, l’eau est calme et puis les locaux sont aussi très doux, très accueillants. On y mange aussi très bien, surtout des fruits de mer. Globalement c’est une destination qui, une fois payé l’avion, ne revient pas très cher. On aurait aimé avoir une meilleure météo car cette année, on s’est pris une grosse tempête et si les pros terminaient leur marathon, nous, l’un comme l’autre, étions encore sur le vélo. Ah, et cette transition climatisée : un régal, un truc de dingue ! On savait même pas que c’était possible.

Running Café : Les trois choses qui pour vous font la différence sur cette épreuve ?

Ingit & Anand : d’abord il y a la natation. Elle se fait dans une baie quasiment fermée et donc extrêmement bien protégée, sans vagues et sans courant. Ensuite, je crois que les bénévoles sont vraiment formidables. Mais il y a aussi toutes les autres personnes qui de près ou de loin sont liées à l’événement. La ferveur populaire est fantastique dans l’île. Nous n’avions jamais vu ça parce qu’en Inde, non seulement c’est rare que les gens vous encouragent comme ça mais pour les quelques courses de triathlon qui existent la route n’est pas fermée à la circulation. Bref, c’est un autre monde… Ici tout était réglé comme du papier à musique, de la pasta party, aux ravitaillements en passant par la cérémonie de clôture sur la plage où tous ces athlètes du monde entier sont réunis. Il n’y a pas de frontières entre les pros et les amateurs dans ce sport, c’est vraiment enrichissant. On est tous réunis autour d’un merveilleux buffet et ça permet d’échanger, d’apprendre, de se cultiver. Pour nous c’était vraiment extraordinaire. Ça va nous marquer à vie.

Running Café : Quelles étaient les choses les plus dures à gérer sur cette île de Langkawi ?

Ingit & Anand : la chaleur mixée à l’humidité et puis les côtes à vélo. Ah oui mon dieu, ça c’était vraiment super dur pour nous car là où on vit, à Ahmedabad, dans la Gujarat, à l’Ouest de l’Inde, la ville est construite sur un désert. C’est donc tout plat. Les côtes à vélo, on ne connaît pas, du tout ! Même si parfois il y fait chaud oui, parfois jusqu’à 50°C, c’est une chaleur sèche. Ça change tout !

Running Café : Vous avez conscience de vous être attaqué à un monument ? L’Ironman de Langkawi n’est peut-être pas le plus dur du monde mais il n’est pas réputé pour être une course facile.

Ingit & Anand : Sans blague ! Non mais c’est sûr qu’on ne la recommanderait à personne pour essayer d’y faire son meilleur chrono ! C’est tellement dur pfff… En général, nous on aime bien la difficulté mais là on a quand même été rudement servi. Quelle affaire ! Finalement, vous savez, on est quand même super fier d’avoir terminé cette course, justement parce que c’était une des plus dures au monde. On peut se la raconter comme ça (rires). La prochaine fois, on essaiera de passer sous les 13h. Allez, défi lancé ! Nous, on ne peut malheureusement pas aller faire de courses en Europe ou aux Etats-Unis, où les terrains sont peut-être plus faciles, parce que c’est bien trop loin et bien trop cher quand on vient d’Inde. On pourrait aller en Australie à la limite. C’est d’ailleurs souvent ce que font nos compatriotes. Mais Langkawi nous va bien. Je crois qu’on reviendra chaque année ! Vivement 2017 !

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