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Le départ

RESTONICA TRAIL (75 km, 5300 D+) – 7 Juillet 2012

Récit par Bertrand Lellouche

Le programme de la saison est simple : pour commencer, 2 « petits trails » d’une cinquantaine de kilomètres pas très techniques (Eco-Trail Paris et Trail de Côte d’Or). Ensuite une 3e étape, beaucoup plus costaude, afin de me rapprocher des conditions de l’objectif de la saison, à savoir le Grand Raid de la Réunion.

Le retrait des dossards commence avec un bon plein de produits corsec et un accueil très chaleureux. Puis c’est la finalisation des équipements pour la course : le lit double déborde …

Le matin réveil à 3h45. Un peu dur, mais la nuit fut bonne donc ça va. Un peu de « gatosport », une boisson fruitée et rendez-vous vers le départ. Les conditions sont bonnes. On croise les cracks, ni plus ni moins que d’anciens vainqueurs de l’UTMB, Dawa Sherpa et Vincent Delebarre, prédécesseurs de Kilian Jornet au palmarès…

La Course 1ère partie : 36km, D+2700m – 7h30 :

5h08, c’est le départ ! Grosse et belle ambiance avec musique prenante, feux pyrotechniques et pas mal d’encouragements malgré l’heure matinale.

Ça part doucement et c’est parfait. Pas question de se mettre dans le rouge, surtout avec 1400 m de dénivelé d’entrée pour se réveiller ! On grimpe gaiement et le jour ne tarde pas à venir. Les lumières de Corte en contrebas sont superbes tout comme celles qui éclairent doucement la montagne, y compris la lune. Puis, c’est le lever de soleil derrière un sommet avec la brume de la vallée en dessous. Magique ! LIRE LA SUITE

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Le panorama est juste fantastique : grandiose, majestueux et paisible.

Nous passons par des endroits étonnants, comme cet immense rocher troué, ou cet énorme arbre déraciné (foudroyé ?), ou encore ces cascades et petits bassins bucoliques. Arrive un premier ravitaillement au sommet. Tout va bien. La chaleur monte mais reste très supportable, surtout avec l’altitude.

Encore un peu de dénivelé, un col venté et nous voilà sur les rares (voire seules) zones roulantes du parcours où nous pouvons courir gentiment mais sûrement.

A environ 1800 m d’altitude, le panorama est juste fantastique : grandiose, majestueux et paisible.

Enfin, nous approchons petit à petit du lac de Nino, situé au km 30. Nous longeons et traversons de magnifiques « greens » où l’eau serpente doucement. Quelques petites étendues d’eau, et nous voilà à côté de chevaux qui broutent sans se soucier de nous. Enfin, un long virage autour du lac pour rejoindre le ravitaillement. Il est 11h30 et temps de faire le plein d’eau + une petite pause casse-croute. Après une vingtaine de minutes, nous repartons sur un bon petit rythme de course. C’est relativement plat et roulant au début puis un peu plus technique, mais en légère descente. Nous sommes sur le GR20 et on passe bientôt à côté d’une Bergerie (Vaccaghia) sous les encouragements des locaux. Nous poursuivons gentiment mais sûrement en direction du col de Bocca alle Porte qui s’annonce bien imposant face à nous. Et effectivement ça grimpe avec quelques 20% de pente en moyenne. Nous passons un refuge du GR20 (Manganu) avant d’attaquer le lourd : 700 m de dénivelé sur 3 kilomètres…

La Course  :  Le « Tournant » (18km, D+1200m – 5h10)

Je commence à fatiguer sec. Nous sommes à mi-parcours et, en quelques minutes, tout commence à aller mal. Je n’avance plus. Plus de force. Je mes sens autant épuisé que vaguement nauséeux. Le parcours ne facilite pas les choses en étant très technique et sans véritable chemin… C’est raide. Il fait très chaud…

Tout là-haut, à 2300m, on entend sans cesse des lointains sons de cloches et cris d’encouragement. Ça motive mais, plus ça va, plus je me traîne. Je dois faire de plus en plus de pauses. Le cardio n’est pas trop haut mais mon cœur bat la chamade. Mais que se passe t-il ? Comment faire ?

J’ai beaucoup de mal à m’hydrater. Bref, tout va de mal en pis. Mon Iphone m’annonce un kilomètre parcouru à 2 à l’heure !! Cette grimpette devient vite un supplice interminable. Je me fais doubler sans arrêt ce qui n’arrange pas le moral. J’avance de plus en plus lentement. Au bord du malaise et j’ai l’impression d’être comme un vieillard de +80 ans en train de monter l’Everest. Est-ce donc ça l’extrême ? Il faut absolument que je m’allonge pour agoniser plus tranquillement…

Pourtant, j’ai regardé ma montre. Il est 14h30 et commence à réaliser, qu’à ce rythme, il sera impossible d’être dans les temps de la barrière horaire de 18h. Cette montée qui devait se faire en 1h30 va me prendre 3h !!… Déjà presque déçu à la perspective de ne même pas être finisher…. Et puis comment espérer arriver avant la barrière horaire si je suis déjà aussi épuisé ?

Enfin, qu’importe, là, il faut que je m’allonge. Que je fasse une micro-sieste. Au milieu de ces cailloux, c’est une gageure que de trouver 2m² de plat. Mais miracle, une petite parcelle herbeuse s’offre à moi. A peine sur le dos, un renvoi violent monte… C’est très désagréable mais tellement salutaire… Après ce soulagement, je me rallonge et somnole 5 minutes. Un bien fou. Quand je me relève, ça va beaucoup mieux, reprends mon courage à deux mains et décide d’en finir pour de bon avec ce col. Les acclamations approchent et il est 15h quand j’y suis enfin !

Près de 10 heures de course, 42 km et 3800 m de D+ environ.

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Waouh ! Quel panorama de l’autre côté ! 2 lacs en contrebas, Capitello & Melo, et des sommets rocheux partout, dont le Monte Rotondo. C’est extrêmement escarpé et il y a environ 12 kilomètres / 1200 m de descente technique au programme avant de rejoindre le fameux point éliminatoire. Autant dire, que pour tenir le rythme, il ne va pas falloir chômer !…

Juste le temps de chiper un morceau de pain, j’attaque aussitôt la descente. C’est hyper casse-gueule mais grâce aux bâtons, je peux « foncer » sans prendre trop de risques. Le seul hic est que le parcours n’est pas toujours bien balisé. Il faut aussi s’accrocher à une chaine sur une vingtaine de mètres à un moment.

Je continue de foncer car il n’y a vraiment pas de temps à perdre si je veux avoir une chance de passer ! Arrive le premier lac, Capitello. C’est de toute beauté. La Roche Noire se transforme en une magnifique falaise luisante. Sous le soleil, l’eau est bleue et brille. Tandis que sur le versant Nord, un gros névé subsiste encore !!… Je repars de plus belle, fais quelques glissades contrôlées. Vers le 2e lac, Melo, je retrouve un terrain connu ce qui augmente ma confiance. Et puis, en descente, je me sens tellement plus dans mon élément… Bref, je double petit à petit tous ceux qui m’avaient gentiment « déposé » dans la montée précédente et les encourage à ne pas lâcher s’ils veulent être dans les finishers.

16h15, Km 46 : me voilà à la Bergerie de Grottelle. Je fais le plein d’eau, mange un peu et ne m’arrête que quelques minutes tant la crainte de ne pas passer la barrière horaire me « hante »! Il reste normalement assez de temps mais ça risque de se jouer à 5 minutes près. Se faire sortir pour si peu, après 13 h de course, n’est pas une option envisageable !!

Serais-je le dernier à « survire » ? ou, pire, le premier à voir la barrière se refermer ? Etrange sensation, je suis aussi extrêmement seul et isolé pendant plus d’une heure. Je me fais presqu’un film où il s’agit de ne pas se faire « (r)attraper par la mort ». « Ultimate Finisher » : voilà l’objectif !! Aussi amusant que… fatigant. Courir, crapahuter  au milieu de ces cailloux, en espérant que ça ne sera pas en vain…Il ne doit même pas rester un kilomètre quand j’aperçois un concurrent devant. Je le double et rejoint le fameux point de contrôle « chez César » : il est 17h50 !! Pas besoin de négocier, je pouvais même passer jusqu’à 18h08 !…

La Course – Le Finish (21km, D+1400m – 5h30) :

Gros soulagement, même si c’est loin d’être fini ! Il va falloir encore avaler un total de 16 kilomètres annoncés, dont une montée immédiate avec 700m de D+ sur quelques 3-4 kilomètres. En réalité, il va y avoir plus de 20km au programme…. Ceci étant, j’ai tellement l’impression de revenir de loin, que j’attaque tout ça soulagé. Je vais y arriver J

Je monte avec le compagnon que je viens de doubler et ça paraît moins dur à deux. En discutant, on pense moins à l’effort et doublons un polonais isolé. Nous croisons aussi plusieurs bénévoles qui nous félicitent d’avance. Un court passage s’avère très bucolique, semblant avoir été dessiné par un jardinier !

Peu avant le col et la bascule sur l’autre versant, je profite encore de la vue toujours impressionnante sur la vallée de la Restonica. Légère course sur une zone à peu près plate et la dernière bergerie (Alzo) est en vue. Je repars, toujours seul mais il y a encore manifestement au moins deux coureurs derrière moi. C’est la descente finale. Une dizaine de kilomètres à priori. Il ne fait pas encore nuit et on devrait arriver maximum 1/2h après le coucher du soleil j’imagine…

Comme toute fin de course, le parcours apparaît interminable. Avec la baisse de la luminosité, difficile de bien profiter des lieux. Et puis, mes 2 poursuivants me rattrapent : une polonaise, Magdalena et un corse, Philippe. Nous faisons équipe à 3. Le temps passe plus vite, même s’il semble infini… surtout avec 5 kilomètres en plus ! Il fait de plus en plus noir et, par flemme + manque de temps, je ne sors pas ma frontale. Je suis mes deux compères et leurs lumières, persuadé qu’on va bientôt arriver.

Mais c’est de plus en plus rock ’n roll car le chemin nécessite une attention à chaque pas. Et ce qui devait arriver se produit : je heurte violemment un gros rocher du genou. Belle douleur et genou explosé !! Je saigne abondamment mais heureusement c’est assez superficiel.

Encore 1/2h – 3/4h d’efforts…  et Corte se présente enfin à nous !! Arrivés dans la vieille ville, nous lâchons nos dernières forces dans un long sprint de 4 à 500 m. Dans les restaurants et bars des rues, ce sont des tonnerres d’applaudissements qui font bien chaud au cœur. Une arrivée pleine de joie et bonheur ! Je savoure comme si je terminais l’UTMB…

Honneur aux dames, nous laissons Magdalena passer devant nous. Elle a fait preuve d’une grande détermination sur le final, ce qui nous a bien poussé également.

18h10 au final, 143e avec quelques 75 km et 5300 m de D+ au compteur.

Finalement, nous ne serons pas les « UItimates Finishers » mais presque… puisque 6 concurrents arrivent encore après nous. Dawa Sharpa lui a remporté l’épreuve en à peine plus de 8 h…

Bertrand

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