Le GRP avec Marie …
Marie nous raconte son GRP … Cette année notre adepte des courses longues et éprouvantes a jeté son dévolu sur les Pyrénées. Après l »Atriman (voir son article pécrédent) aux Angles la voilà au départ du Grand Raid des Pyrénées … Je vous laisse savourer son récit qui va sans doute vous donner soif …
Le GRP par Marie Coviaux
Jeudi 22 Aout 2010 Vieille Aure je récupère mon dossard, le sac de victuailles agréablement lesté d’une bouteille de vin ainsi que le tee shirt offert. Les filles sont si peu nombreuses que nous avons droit systématiquement à une ovation. Il fait chaud , il fait très très chaud … trop pour les concurrents du raid (240 KM en équipe de 3 ou 4). Une dizaine d’équipes reste en lice, les autres sont décimées par la chaleur …
Le briefing ne nous rassure guère : de nombreuses mises en garde sur la gestion de la canicule auquel s’ajoute un vent très violent prévu pour le lendemain. Des rafales à 100km/h sont attendues en haut du Pic du Midi dans la matinée. Le départ est donc reculé de deux heures pour permettre au premiers coureurs (ceux qui arriveront avant 15h au col de Sencours) d’y passer après que le vent ait commencé à mollir. Autre mauvaise nouvelle: seules les premières barrières horaires seront reculées, ensuite il nous faudra rattraper les horaires normaux (avec possibilité d’écourter en zappant le Pic du Midi : 1h15 de gagné environ). Comme prévu je pleure de peur le lendemain matin à 7h au moment du départ … mais contrairement à mes habitudes je n’évacue pas totalement
une fois la course lancée mes angoisses. Je sais que cette course va être un gros morceau pour moi et cette histoire de barrières horaires ne me dit rien qui vaille … LIRE LA SUITE …
Par chance nous passons au dessus de la couverture nuageuse en montant au col du Portet, maintenant on s’en met plein des mirettes! Beaucoup de monde sur le chemin monotrace je n’ose sortir mes bâtons mais je n’en ressens pas le besoin. Mon genou gauche qui fait l’important sans raison depuis quelques jours se fait sentir sans être invalidant, le traitement par le mépris que je lui ai réservé semble lui convenir. Ça monte dur, il fait soif dès le matin. Le vent se fait très vite sentir sur les hauteurs , je songe que j’aurais du prévoir un bidon de secours … mon sac à dos s’allège un peu vite à mon goût. Au ravito de Merlan (après 2h45 de course) je ne prends pas le temps de rentrer me restaurer mais je remplis soigneusement à raz bord mon Camel.
Bien m’en a pris ! … Le trajet jusqu’à Artigues est un émerveillement, des cols, des lacs, des refuges, des montagnes toutes vertes et d’autres pleines de cailloux. Un enchantement pour les yeux ! … Je papote avec mes voisins des prochaines heures qui nous attendent … il semble que d’aucuns craignent les ours et rêvent de ne pas passer la nuit seuls en montagne … moi je n’ose dire que ce qui m’inquiètent sont les cornues et imposants ruminants que nous croisons sans cesse ! Depuis ma mésaventure en Écosse où je me suis fait attaquer par une Higland cattle aussi rustique qu’agressive, je leur trouve l’œil torve …
Les kilomètres passent au gré des montées ou je suis toujours à l’aise malgré la chaleur et les descentes où , à mon ordinaire , je me retrouve à claudiquer laborieusement pendant que tout le monde me double, malgré mes beaux bâtons que j’utilise comme béquille … Je le savais que je n’avais pas encore assez travaillé les descentes!! un jour j’y arriverai et serait moins ridicule.. en attendant il s’agit de ne pas trop traîner quand même. Je n’ai bêtement pas pris de pastilles de micropur et les ravitos sont trop éloignés pour la grosse buveuse que je suis. Je me crois obligée de me rationner pour tenir jusqu’à Artigues alors qu’en fait ma poche à eau n’est pas vide …
Il est 13h15, je n’ai pas faim, je me force à avaler quelques morceaux de jambon et de fromage mais sans le moindre appétit…. Je repars malgré tout bon pied bon œil à l’assaut du pic de midi sous un véritable cagnard et dans le vent. Beaucoup de concurrents assis à l’ombre dans les côtes qui prennent le temps d’admirer les paysages mirifiques … Nous sommes nombreux à essayer de nous rafraîchir en trempant nos casquettes dans les ruisseaux, malheureusement le vent fort qui souffle à l’approche des cols me l’arrache de la tête et c’est en cheveux et en craignant l’insolation qu’il me faut poursuivre.
Arrivé au refuge de Sencours vers 15h30. Trop tard pour monter au Pic du Midi.. bon je n’y tenais pas plus que ça en fait. Le refuge est pris d’assaut, il m’est impossible d’approcher la nourriture … et je constate malheureusement que cela ne me gène pas le moins du monde. Je fais le plein d’eau coupée d’un peu de coca. Ici nous reprenons les barrières horaires initiales, je n’ai qu’1h30 d’avance … c’est fort peu pour l’angoissée que je suis.
Par chance le temps commence à se couvrir un peu , la brume peu à peu envahie le paysage nous offrant par moment des paysage fantomatiques de petits lacs lovés dans des recoins de montagne. La beauté et la sauvagerie des lieux sont dignes de l’Écosse (grand compliment à mes yeux!). Malheureusement après avoir monté il faut descendre … les 10km qui suivent sont un calvaire pour mes cuissots! Par comble de malchance une vicieuse épine s’est camouflée dans la doublure de ma chaussure gauche. J’ai beau chercher je ne trouve pas ce que je crois être un cailloux coincé., je finis par changer de chaussette imaginant que c’est la couture qui m’irrite, sans plus de succès. Quelques kilomètres plus loin, lorsque la douleur devient insupportable, je découvre la coquine ainsi que la blessure qu’elle a provoquée…
Il est 18h00, je sens une énorme baisse de forme assorti d’un coup de cafard … Je n’arrive pas à me détendre, j’ai toujours peur de me faire rattraper par les barrières, j’ai surtout toujours peur de manquer d’eau. pas de ravitaillement depuis le col de Sencours , rien avant Hautacam, et je ne supporte plus le rationnement que je m’impose. Après réflexion, il serait temps que je mange aussi.. Si mes yeux se régalent du paysage mon estomac est loin d’avoir eu son content! Rien ne me tente mais un sachet d’olive saura m’ouvrir l’appétit, des amandes salées puis quelques bananes séchées trouveront ensuite grâce à mes yeux. Le plein d’énergie me remonte le moral, malgré tout je ne suis pas très fraîche en arrivant vers 20h30 à Hautacam. Je suis à sec de boisson depuis longtemps , je n’ai aucun appétit, la crainte des barrières horaires et des descentes me taraude le moral. Par chance je réussi à profiter de la glace des toilettes pour récupérerma lentille droite qui était parti explorer le fond de l’œil! (il faut vraiment que j’arrête de mettre des lentilles en compétition, elles ne me valent que des ennuis!!) , mais la soupe que je me force à avaler avec quelques morceaux de jambon et d’emmental sans goût ne me revigore guère…..
Horreur, malheur!!! Nous avons déjà beaucoup descendu pour atteindre Hautacam (mes cuisses ont bonne mémoire!) il reste encore 9 km de descentes pour la base de vie de Villalongue. Et les descentes du GRP, il faut le voir pour le croire! Du technique qui fait mal , du raide à souhait, des cailloux , des racines , .. et deux belles gamelles pour moi! Une chute un peu violente réveille mon genou gauche qui se rappelle à mes bons souvenirs, mais cahin caha je suis mon petit bout de chemin. La nuit arrive, j’espère trouver avec elle le calme et la sérénité (j’adore courir la nuit) et lâcher un peu mes angoisses. Le manque d’appétit en entrant dans la salle de la base de vie fait tinter une sonnette dans ma tête.. la soupe que je me force à ingérer (la même depuis le début) ne m’inspire que du dégoût , je rêve de fromage puant, de tabouleh, de flan et de cassoulet maison…. Bref, d’aliments qui me donnent faim! j’ai envie de sentir l’odeur des grillades qui annonçaient les ravitos nocturnes à la Réunion, d’avoir des morceaux de roquefort à savourer…. je remplis mon camel de caloreen en espérant que cela suffira à me faire passer la nuit.
Il suffit de quelques kilomètres pour être persuadée du contraire … Il est 23h30 quand je commence à être prise de vomissements. Ca monte dur , je suis concentrée sur mon effort au point de me perdre et de mettre du temps à m’en rendre compte…. demi tour pour retrouver la file les lampes frontales qui s’étirent dans la nuit… et qui commencent à me doubler.
Plus rien ne passe … je me retrouve pantelante à vomir mes deux gorgées à la moindre tentative d’ingestion de quoi que ce soit.. Je suis tout à fait consciente que la course s’arrête là pour moi. Il s’agit juste de rejoindre le prochain ravitos mais il est une heure du matin , il reste plus de 80km à parcourir et ce n’est pas dans cet état que je vais y arriver! Il me faudra encore presque deux heures pour atteindre Pouy Droumide dans un état épouvantable, je suis malade rien qu’à sentir l’odeur de la soupe du ravito. Je n’ai rien pu garder depuis plusieurs heures, mes muscles et mes tendons protestent avec toute l’énergie qu’ils leur restent. On me cale (et on m’oublie un peu
) dans un coin sous des couvertures en attendant de pouvoir me rapatrier (ce qui fut une aventure presque aussi compliquée que la course en elle même !).
C’est mon premier abandon en course à pied, et c’est sans regret : ce n’était pas mon jour, ce n’était pas possible dans cet état,et ce n’est qu’une course ! C’est aussi un choix : si je veux que des courses que je suis certaine de finir j’en resterai au marathon. A moi de rebondir et de pouvoir à nouveau envisager une telle distance en montagne en améliorant à la fois l’alimentation comme ma technique de descente. Les Pyrénées m’ont enchanté, je me suis juré d’y revenir… peut être avec un petit détour à la Réunion auparavant ?
Marie
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