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Montée de l'Aup Martin

Par Michel Espitallier …
Après la Réunion en 2009, le Tour de l’Oisans Ecrins sera l’objectif 2011

Mardi 26 juillet avec mon copain Marc on arrive aux 2 Alpes, on prend les dossards, on va préparer nos sacs pour les 4 bases vie et je donne un cours de GPS à Marc ( faut espérer que l’on n’aura pas à s’en servir ! …)

A 18h dépôt des « sacs relais » et LE BRIEFING :

« Vous ne pouvez pas abandonner n’importe où »… « Il y aura des températures négatives et peut être de la neige »… «  le TOE commence vraiment à la Chapelle en Valgo ( 130kms) »… « le balisage du GR 54 est parfois sommaire » …. et j’en oublie, dans la salle l’ambiance est plombée. Un petit repas et au lit après la lecture des derniers SMS d’encouragements ( Merci à tous ).

Nuit agitée, lever 6h, dernier point météo, pluie mercredi et ensuite du mieux. Notre stratégie de course était de dormir à Vallouise, Chapelle en Valgo et peut être Valsenestre pour viser un temps entre 50 et 60 heures.

Départ à 8h, on commence par 700m de descente, en bas je devais attendre Marc mais j’attaque la montée en discutant avec l’organisateur du TGV et Mathias le boss de KIKOUROU. On prend la pluie, à Besse en Oisans (25km), j’ai trop froid, je n’attends pas Marc. La pluie ne s’arrête pas et on arrive à la Grave (41km) par des chemins transformés en ruisseaux et on n’a même pas une belle vue sur le massif de la Meije. La salle de ravitaillement est exigüe, je ne reste pas. J’enchaîne sur le col d’Arsine (55km), le GR est impraticable, les appuis en montée ne tiennent pas et les descentes sont dangereusement glissantes.

Je suis en forme, je me nourri bien, pas de douleur, j’arrive à Monétier (65km), je change de vêtements et je ne regrette pas d’avoir emballé le contenu de mon sac dans du plastique. Je suis trempé. Je mange léger, mais je ne suis pas trop efficace, je reste parfois 4 à 5 mn sans rien faire, assis.

Je n’attends pas Marc, on avait décidé de dormir à Vallouise et si l’un de nous deux abandonne, il laisse un message sur le portable. Je repars seul, 200 m et « RAOULLL … » je vomis tout. Je continue sur une montée sérieuse, une gorgée d’eau, re-vomis, une amande : je n’arrive pas à avaler. J’aurai pris mon dernier repas à Monétier. Longue descente sur Vallouise dans la nuit, je suis malade et je ne cours même plus sur le plat. Enfin Vallouise, je vais direct chez le toubib, il me donne un traitement et me conseille de dormir pour pouvoir manger ensuite. Je consulte mon portable, Marc m’annonce son abandon à Monétier, SMS à Pierre, qui doit me rejoindre entre Vallouise et le Pré Chaumette, pour lui donner ma position. Difficile de dormir, pas de place, du bruit, … je me lève à 2h 30. Je mange : 1 COQUILETTE, 1 bouchée de jambon et ¼ d’orange … Lire la suite

Je ne veux pas partir seul, je prend un groupe ( 1 américain, 1 suisse et un allemand : ça ressemble à une histoire drôle … ) après nous être perdus dans Vallouise on attaque 8 km de route. Dans la montée à l’Aulp, on se regroupe avec 3 autres gars. J’aperçois au loin une silhouette rouge, je reconnais Pierre on se rejoint 200m sous le sommet, je suis vraiment content de le retrouver. Il nous suit pour les dernières centaines de mètres c’est étrange on a surtout l’habitude d’être ensemble en ski de rando et ça me réconforte qu’il soit là. Je ne vomis plus ( ¼ de banane mangé depuis Vallouise) et je monte toujours pas trop mal.

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L'arrivée en haut du col 2700 m et 105km

L’arrivée au col et raide, au col petit cachet anti vomito donné par les bénévoles et on attaque la descente vers le refuge des Chaumettes ( 108km ). 1000 m plus bas et une sortie de sentier plus tard, ravito au refuge. Je prends 5 cuillères de soupe et ¼ de Perrier. A ce moment là l’inquiétude commence et avec Pierre on se demande comment je vais pouvoir tenir sans manger. Je crains le moment où il n’y aura plus d’essence dans le moteur ! … Je demande à Pierre de donner des nouvelles à Marc et à Fabienne ( PC communication ), il rentre et sera peut être à la Chapelle toute à l’heure. Je repars avec un gars qui ne court que depuis Vallouise ( en duo sur l’épreuve ), on monte vite ( 800m/h ), il parle tout le temps, sympa mais j’ai pas le goût à la conversation. Après le col de la Valette, une concurrente m’appelle et me dit que l’on ne va pas vers Vallonpierre, c’est pas le bon sentier, on « jardine » 1h ( 300m D+) mais finalement le chemin initial était le bon, elle est confuse, pas la peine j’avais qu’à pas la suivre.

En descendant à la Chapelle, je rencontre Bertrand (Président du CAF Gap), quelle surprise, je m’attarde pas je veux arriver à la Chapelle, dormir et peut être manger. J’arrive enfin à la Chapelle (133 km) sous la pluie. Je vais direct voir le toubib, je ne vomis plus mais j’ai la nausée, cachet et le toubib me dit que sans manger ça va être difficile de finir, elle fait la moue. Je vais me coucher (qui dort- dîne !). Impossible de bien dormir sous ce marabout plein de courants d’air, j’ai froid, je vais au ravito : 2 bretzels, 3cuillères de taboulé, ½ orange … le festin ! … Dans la salle je retrouve un gars avec qui nous avions monté l’Aulp, on décide de partir ensemble pour la nuit ce sera plus prudent, le sentier qui monte au col de Vaurze est dangereux. Je suis prêt, je vais pour prendre mes bâtons, ils ne sont plus là, je cherche dans la salle en demandant à tout le monde à qui sont les bâtons qui trainent, sans succès. Je vais voir le bénévole du pointage, il en a une paire dans sa voiture … sauvé, je lui rendrai à l’arrivée……

Nuit d’enfer, je pars avec Bernard, on avait décidé de se relayer pendant la nuit pour aller dormir à Valsenestre. C’est raté je suis cuit, je ne prends aucun relais, parfois je m’écroule sur le sentier comme une m… Je ne regarde que les pieds de mon collègue. A la sortie du Désert le GR est extrêmement raide, j’en bave, j’ai des vertiges. Le peu de fois où l’on s’arrête, je m’écroule, parfois il y a de la brume ( enfin je pense ? … ) On cherche 2 ou 3 fois le sentier, Bernard sort le GPS fait le point, moi je suis capable de rien, je ne sortirais d’ailleurs jamais mon GPS. Pour les descentes comme ce n’est pas physique, je reste facilement en contact avec Bernard. Il ne fait pas froid, je peux quand même de temps en temps apprécier l’ambiance de solitude dans les montagnes, pas de lumière si ce n’est les étoiles, ce serait magique si je n’étais pas aussi cuit. Enfin Valsenestre ( 162km ), en arrivant on croise Sylvain BAZIN (une figure) je vais direct dormir et demande à Bernard de me réveiller quand il veut pour partir.

Un bout de pastèque, un bout d’orange on repart, on a la journée pour finir et ça va le faire. On avale le col de la Muzelle facilement et dans la descente après le refuge de la Muzelle…..voilà Marc, parti le matin des 2 Alpes à notre rencontre. Je me demandais depuis la Chapelle si j’allais le revoir sur la course. C’est super qu’il soit venu à notre rencontre, il rentre de nouveau dans la course et on va finir ensemble comme au bon vieux temps de l’UTMB. On s’embrasse ( 2 minutes), j’avais eu l’impression de m’être arrêté 20 mn …

On continue la descente vers Venosc, à l’approche du ravito Marc appelle Fabienne pour lui donner de bonnes nouvelles. Petit arrêt à Venosc, pastèque, j’inquiète Marc car je suis assis et j’ai vraiment une sale tête. Allez, 800m de D+ et l’ARRIVÉE. Je monte en surveillant ma vitesse, je ne veux pas m’écrouler si prêt du but. Les dernières marches, on traverse la station, les larmes commencent à monter, on trottine un peu et …c’est fini ! …

Deux personnes seulement sont là (2 bénévoles), je peux tout lâcher … larmes, accolades, photos, je ne réalise rien, je ne sais pas ce que je fais là, … je suis allé au bout du bout, jamais je n’ai autant puisé dans mes réserves ( ce sera – 6kg sur la balance). On passe au ravito, je reste un moment, je dis au revoir à Bernard, on ne pense même pas à boire une bière. Je n’ai pas d’ampoule aux pieds, pas de douleur musculaire mais je suis détruit, vidé de tout.

Marc s’occupe de moi, la douche, 2 heures de dodo, une bière, un petit repas et une nuit de sommeil et il me ramène à Lyon le samedi matin.

Une semaine après je ne réalise pas encore bien ce que j’ai fait, je sors difficilement de la course, j’ai de gros coups de barre et un bon appétit.

J’étais prêt physiquement, le stage TMB y a fait, les pieds bien préparés, le matos adapté, j’avais un très gros moral. Mais il va falloir que je règle mon problème alimentaire sur les courses car je ne peux pas repartir dans ses conditions et passer 2/3 du parcours sans me nourrir avec la trouille de devoir abandonner.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, de m’avoir encouragé et suivi sur le Net, à la Réunion j’étais devenu fou, là je ne sais pas encore ce que je suis devenu.

Michel Espitallier : 185km, 12000 D+, 55H30, 72ème, – 6 kg, 1 bretzel, 1 coquillette, 2 oranges, ¼ de pastèque, de l’eau …

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Profil du TOE 2011

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