running caféVendredi 9 décembre 4h du matin …
Nous sommes une centaine de personnes à sortir du sommeil dans la salle polyvalente de Grand Rivière en Martinique, petit village à l’extrême nord de l’île aux fleurs qui vit de l’agriculture et de la pêche. J’aime cette ambiance d’avant course, on prend un bon petit déjeuner offert par l’organisation ou tousles participants venus d’univers différents se retrouvent pour discuter ensemble. C’est cela la magie du trail, rassembler des gens qui ne se seraient jamais rencontrer dans la vie de tous les jours. On est tous à la même enseigne, on va tous avoir des moments de joie et de souffrance dans cette ultra tropical, seul un numéro et notre nom sur le dossard vont nous différencier. Lire la suite
5h55 le départ est imminent, on en profite pour se souhaiter bonne chance, les cloches de l’église retentissent : 5.4.3.2.1.0 … une haie de fusée de détresse nous ouvre le couloir de cette belle aventure de 133 km avec 5250 m de D+ qui se résument en 3 tronçons : 50 km de montagne et de jungle ou l’on prend la majorité du dénivelé, 50 km de plantations de cannes à sucre et de bananes avec quelques petits mornes à gravir et on termine par 33 km de sable au bord de mer.
Je prend la tête dès les premiers mètres avec Antoine Guillon suivi d’un beau peloton. On quitte l’océan pour atteindre le point culminant de l’ile qui est la montagne Pelé à 1400 m.
Lors de cette montée j’en profite pour discuter avec Antoine car nous avons pas souvent l’occasion de nous voir. Au km 7 je commence à avoir mal au ventre et à la tête, je serre les dents et les fesses, Antoine porte une petite accélération et seul Julien Navarro un jeune varois de 23 ans répondra à l’attaque. À cet instant je me dit que la course va être un vrai chemin de croix pour moi. Je passe la Pelé à la 3 ème place suivi de Cyril Cointre (team Vagabon) Christophe Leluherne (team Endurance Shop) et Mickael Passero (team New Balance), nous attaquons la descente qui est très technique et glissante. Au km 15 premier ravitaillement, la tête de course est à 9 mn, les douleurs sont toujours là, je repars tranquillement afin d’aller le plus loin possible. Je vois mon ami Damien sur le parcours qui m’encourage et cela me remotive, je reprend une bonne foulée. Vers le 25 ème km je rattrape Julien et Antoine mais je n ai plus la force de garder leur rythme, nous entrons dans une jungle luxuriante, le terrain est très boueux, on doit franchir des troncs, traverser des rivières, éviter les racines, monter et descendre des murs naturels à 4 pattes ou à l’aide de corde, un vrai parcours du combattant. Au km 35 je vois Julien en train de surfer sur la boue, je l’encourage et lui propose de rester avec moi, cela fait plaisir de courir avec un jeune aussi motivé et du même département que moi. Je passe second à la première base vie, Antoine est déja bien loin, mes troubles d’estomac me jouent toujours des tours et je n’arrive pas à m’alimenter. Je n’ai plus l’envie de continuer, pas envie de me détruire car dès lundi je pars 1 semaine à la Dominique faire 185 km de rando et dans 3 semaines je fais un 100 km au Népal, mais mes amis et l’organisation ont les mots pour me redonner de l’énergie.
Au km 50 Julien me retrouve, on en profite de discuter ensemble,nous sommes dans les plantations de cannes à sucre et de bananes. Je lui dis de faire sa course et de ne pas m’attendre car je suis en mode roue libre pour arriver au bout de cette aventure. Au km 75 le François, je décide de jeter l’éponge, la copine de Mickaël me propose une poudre énergétique afin de me rebooster, cela me changera de l’eau des ravitaillements et des rivières, je retrouve des jambes, j’ai l’impression de prendre le départ d’une nouvelle course, la nuit tombe et nous voila éclairé par la pleine lune … C’est magnifique, j’en profite pour m’évader au son de mon MP3. Les kilomètres défilent et je m’arrête très peu au ravitaillement afin de rester dans ma bulle. Au km 85 le morne Valentin, pas très romantique à faire en couple ;-) , c’est un chemin de croix très boueux, on avance d’un pas pour en reculer de 2 . La meilleure façon de le gravir est d’adopter la position de la chèvre qui broute et utiliser les ongles des mains comme piolet. Surprise la descente est de nouveau un chemin de croix, pas d’autre moyen que de la faire sur les fesses, de quoi se payer une belle Thalasso de boue à l’oeil … On arrive au km 100 et j’attaque les plages, le vent venant de l’océan nous fait du bien, la lune se reflète sur l’écume des vagues, on a l’impression de voir des coureurs avec leur lampes frontales en train de faire de l’apnée, le spectacle est magnifique.
Mes jambes sont vraiment de retour, je termine les 30 derniers km avec plaisir, et j’ai la chance de voir des Bernard Lhermites aussi gros que des homards et des manikous (petit marsupial avec des yeux globuleux).
Je franchi la ligne d’arrivée 3 ème de cette course après 21 h de course, je remercie toute l’organisation et mes amis qui m’ont permis avec leurs encouragements de boucler cette ultra dont j’ai fait toutes les éditions.

Christophe

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