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... il faut s'adapter! Psychologiquement se remotiver ...

Par Emmanuel Gault

Peut-être, peut-être pas …
Pour revenir en bref sur cette édition, sa préparation, son déroulement et les conclusions que l’on peut en tirer … je commencerai par dire que franchement, bien que j’ai terminé sur blessure et après nombre de courses sacrifiées et nombre d’heures consacrées à la préparation :  je n’ai aucun regret ! …
Même si certains résultats de ces derniers mois ont souffert de ma préparation, c’est aussi grâce à celà que j’ai orienté mon entraînement vers le dénivelé et le long et celà qui m’a permis de remporter le trail du Verbier Saint-Bernard il y a quelques semaines, ce qui en valait grandement la chandelle …
Même si je me suis du coup un peu « dieselisé », je suis sûr que les kilomètres parcourus seront bientôt bénéfiques pour d’autres épreuves …
Même si la préparation fut dure et longue, j’ai vraiment appris à m’éclater en montagne et à apprivoiser (il y a encore beaucoup de boulot) un peu celle-ci…
Et même si l’UTMB proposé ne ressemblait pas à ce pour quoi nous étions tous prêts, il aura fallu batailler pour arriver au bout de cette épreuve où le mot « adaptation », propre à la montagne et à cette épreuve reine aura tout de même été en vedette ! … A mon détriment malheureusement, mais celà fait aussi partie de l’apprentissage … LIRE LA SUITE

Pour revenir à la course donc, 4 heures avant le départ nous apprenons que le parcours est grandement raccourci en kilomètres et en dénivelé, que les conditions seront difficiles et que la course, en raison de tout celà, se fera, pour les hommes de tête, intégralement de nuit ! … Voilà qui fait beaucoup pour un coureur qui se prépare depuis des mois pour un format très défini, pour certains étudié mètre après mètre …
Dès ce moment-là, il faut s’adapter! Psychologiquement se remotiver pour une épreuve qui perd de sa magie, se remettre en selle pour une distance bien plus courte courue entièrement de nuit et se préparer à rencontrer des conditions très rudes ! …
De mon côté, je suis un peu abasourdi au début mais plus l’heure approche plus la tension monte comme d’habitude avant une grosse épreuve ! Pourtant je dois l’admettre, sur la ligne de départ je ne frissonne pas comme l’an dernier à la CCC ! On sent que l’enjeu a diminué…
Côté lampe, rien n’a changé, les NAO sont prêtes pour la nuit comme elles l’étaient auparavant et côté conditions, le matériel obligatoire étant conséquent et pertinent, il suffit juste d’enfiler les couches que nous avions prévues et le tour est joué ! …  Seul changement notable: je prends un short au lieu de mon corsaire car cela m’apporte une protection suffisante avec mes manchons de compression SIGVARIS. Le départ est ainsi donné avec deux favoris en moins : Julien Chorier et Iker Carerra qui auraient, à coup sûr, assuré le spectacle mais qui ont préféré décliner l’invitation sur ce nouveau format …
Mais il reste du beau monde venu des 4 coins de la planète, ce qui fait que la course ne perd pas trop en densité !
Départ canon et très vite nous nous extirpons à 6/7 dès les premiers hectomètres. Sont présents Miguel Heras, François d’Haene, un espagnol dont j’ignore le nom, Pascal Giguet, Jean-Yves Rey, le suisse, et moi-même. Arnaud Lejeune ferme la marche. Arrivé aux Houches 8 kilomètres plus loin, l’élastique se tend et nous perdons Arnaud dans les premières rampes. Dans le col de Voza qui propose des rampes assez sévères le groupe reste assez compact et je constate que Miguel Heras est vraiment facile car il fait un peu le yoyo entre la tête et la queue du groupe en prenant le temps de nous observer (il abandonnera malheureusement sur blessure lui aussi). François aussi semble bien. De mon côté, je gère les passages plus doux alternant avec les plus pentus et souhaite garder un peu de jus. Jean Yves Rey impose un gros rythme dans la montée aussi je décide de rester un peu en retrait d’autant que je constate que d’autres coureurs reviennent derrière… Je perds donc quelques secondes et à la bascule, j’aperçois le groupe juste devant moi alors que Nemeth Czaba, Seb Chaigneau et Jonas Budd (pensionnaire d’Asics Suède) me sont revenus dessus… Nous enclenchons la surmultipliée sur le plateau et très vite nous trouvons du brouillard ! Jonas mène un train d’enfer que je suis le seul à suivre avant d’aborder la descente! Je me dis que c’est le moment de revenir devant et je ne lâche rien! Je n’ai pas pu reconnaître cette descente malheureusement mais je sais qu’elle est très glissante au début… Jonas prend tous les risques dès le début de la descente et j’essaie tant bien que mal de le contenir! Mes FUJI Trainer font merveille et m’autorisent à prendre des risques! Je sens que ça glisse mais que l’adhérence est bonne… Je perds pourtant quelques longueurs sur Jonas qui dévale littéralement la pente. Le brouillard faisant son apparition, je ne veux pas le perdre de vue et prends le risque de trop en essayant de forcer mon allure qui, comparée à l’adhérence est déraisonnable. Je tombe comme sur une savonnette sur le côté gauche du bas du dos et très vite une douleur me remonte dans le dos. A première vue rien de grave et je me remets vite en selle avec une bonne pointe dans la fesse du côté gauche… J’assure derrière celà une descente très propre et sans risque avec Nemeth et Seb qui me sont revenus dessus… Nous passons tous trois à Saint Gervais dans une chaude ambiance et la machine repart bien!
Je me sens bien et décide donc d’accélérer sur la portion qui suit qui est globalement roulante avec quelques talus à monter par-ci par-là sur dix kilomètres. Je lâche très vite Nemeth et Seb et les vois disparaître derrière moi. Mais petit à petit au fil des montées, ma foulée se détériore et « penche » vers la gauche … Je commence à boîter insensiblement et lorsque la pente se fait douce, je peux moins allonger pour aller chercher devant … Je suis obligé de ralentir car l’ischio gauche commence à tirer.

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Ravito des Contamines - photo Running Café

Nemeth me rejoint peu avant les Contamines, la tension descend dans le bas de la jambe alors que nous empruntons du goudron. Vraiment une sensation de difficulté pour allonger cette jambe gauche. Ravito express et je repars car énergétiquement je suis bien même si le mauvais temps n’est pas drôle à affronter et n’arrange pas mes affaires à ce moment de la course car je sais que les difficultés vont être amplifiées… Et c’est effectivement le cas sur toutes les portions plates avant Notre Dame de la Gorge où cette fois-ci j’ai l’impression de ne pas avancer et surtout d’un match entre ma jambe droite qui caracole et ma jambe gauche qui se traîne. Je suis toujours en 6 ou 7ème position à ce moment de la course mais commence à serieusement gamberger! Nous n’en sommes qu’au 34ème kilomètre et je me demande bien comment je vais faire pour pouvoir continuer comme celà… La réponse viendra malheureusement quelques hectomètres plus loin lorsque la machine en se refroidissant à force de ralentir m’enverra des signaux forts avec douleur au tendon d’Achille et tendon rotulien. Là je sens que si je continue, je vais casser un truc et décide donc de m’arrêter. Je mettrai presque une demi-heure pour parcourir les deux kilomètres de montée parcourue. Triste.
Je suivrais la fin de course pour voir que le même sort sera réservé à mon pote de team Kirtap et que François, très à l’aise dans les conditions difficiles et qui aura maîtrisé le milieu de main de maître s ’imposera sur cette édition qui n’était vraiment pas donnée. Le nombre d’abandons malgré le raccourcissement de l’épreuve en est une preuve cinglante.
Je pense que c’est une des leçons du week-end : les finishers auront eu du mérite, et rien que pour eux et François, je dis gros respect et surtout pas un « petit » UTMB. C’était un UTMB particulier voilà tout … Qui aura fait beaucoup parlé mais qui, en tout cas, n’était pas donné ! …
Je me suis puni tout seul sur cette course en tombant mais celà fait aussi partie de la non-maîtrise du milieu! Un peu de précipitation à un moment où il aurait peut-être fallu tempérer un peu plus… Il reste encore des choses à apprendre, et beaucoup de choses à découvrir sur cet UTMB, on reviendra l’an prochain pour ça ! …  :-)

Manu

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