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Élitiste ?

Texte et photos Gaël Couturier

Newton Elite, 215g, drop de 2mm, €169,99, tout type de foulée, newtonrunning.eu

Dès la première foulée, j’ai su que ces Elite avaient été dessinées pour aller vite. Cela fait presque 10 ans qu’il m’arrive de courir en Newton. J’ai, par le passé, chaussé le modèle Distance (drop de 2 mm) par curiosité et à plusieurs reprises quand la marque est arrivée en France, en 2009. J’ai aussi couru – lentement – le marathon du dernier Ironman de Nice en juin 2016 avec une paire toute fraîche de Gravity V (drop de 3 mm), achetée la veille sur le salon parce que j’avais oublié mes Skechers à la maison (si si ça arrive !). Loin de prétendre être un expert de Newton, on ne peut pas non plus dire que je suis un novice de cette marque américaine basée à Boulder, dans le Colorado – la Mecque de l’entraînement pour bon nombre d’athlètes d’endurance du monde entier, Américains et triathlètes en tête bien sûr mais aussi habitants de l’hémisphère sud tels que les australiens ou les néo-zélandais. Je n’avais toutefois jamais chaussé des telles compétitrices. Autant le dire tout de suite : elles m’ont ravi. Bon, c’est vrai qu’elles m’ont pas mal challengé, un peu bousculé, pour ne pas dire pas mal secoué.

Ne vous y trompez pas, ce modèle ne conviendra en effet pas à tout le monde, du moins immédiatement. Il requiert une lente phase d’adaptation, d’apprentissage en fait, tant le design, propre à la marque et révélé ici dans sa forme la plus pure, force à ne surtout pas attaquer le sol par le talon mais uniquement le médio pied, voire pied à plat. C’est d’ailleurs dans ce médio pied, autrement dit l’avant pied, que se trouvent insérées de longues pattes rectangulaires, ou plots, dont la fonction est de pénétrer légèrement dans la semelle lors de l’attaque au sol pour « exploser » ensuite lors du décollement du pied et offrir un effet élastique bondissant, surprenant. Même si la marque revendique un amorti talon construit avec la même idée sur certains de ces modèles, cette Elite n’en a…pas. Par conséquent : le message est clair. Pieds faibles – entendez peu musclés  – fragiles ou pas du tout habitués à courir sur l’avant pied (je n’ai pas dit les orteils : ça c’est quand vous sprintez – et uniquement quand vous sprintez) s’abstenir ! Si vous voulez goûter au plaisir, avoir une meilleure posture de course à pied et sans doute aussi réduire vos risques de blessures, il faut passer par une phase intermédiaire avec d’autres modèles de la marque. Ils sont faits pour ça. Essayez par exemple une Fate II ou une Kismet II.

Dessinée pour la route mais surtout la vitesse, et la compétition, cette Elite-là supportera néanmoins les chemins en terre ou herbe carrossables. Conseil d’ami : même si cette chaussure correspond à votre profil de coureur, je ne saurais que vous encourager, avant de la chausser sur votre prochain 10 km, semi ou marathon, de la porter régulièrement sur quelques tours de chauffe : plusieurs semaines d’entraînements où vous vous habituerez à ses exigences et souffrirez sans doute comme moi de quelques courbatures bien placées dans les pieds, mollets, hanches et dos. Car cette chaussure est une bombe, une voiture de NASCAR qu’il faut savoir conduire à toute vitesse avec les bonnes trajectoires sans se prendre un mur comme un gros débutant. Bref, c’est une Porsche ! Non. Mieux : c’est une Lamborghini, une Ferrari ! Ça tombe bien, je l’ai testée en Italie.

 

La tige

Ce qui frappe immédiatement c’est son étonnante légèreté et sa souplesse rarement égalée, même chez ses concurrentes directes. Le mesh, sans aucune couture, est en effet exceptionnellement doux au pied. La chaussure doit par ailleurs aussi pouvoir être portée sans chaussettes. Il est aussi très aéré et convient particulièrement bien aux courses estivales, voire tropicales, où la chaleur est parfois intenable (surtout après avoir nagé 3,8 km et pédalé 180 km…). Cette extrême souplesse appelle également les pieds plus larges que la normale. Je sais de quoi je parle. J’ai à ce titre découvert récemment la marque Altra avec un bonheur sans égal (j’y reviendrai). Mais là où Newton fait (très) fort c’est quand on réalise que le maintien du pied n’a absolument rien à envier à des modèles dont le mesh est plus tendu, plus ferme, plus lourd. Je pense que ce maintien tout à fait exceptionnel pour une chaussure de ce type est d’abord dû au placement et à la construction des bandes de renfort latéral qui se trouvent de chaque côté de la chaussure. Il est aussi lié à la qualité du design carrément aérodynamique de la semelle intermédiaire.

A l’arrière de la chaussure : un léger contrefort. Là encore son design et sa construction s’insèrent parfaitement dans la philosophie de la chaussure qui prône une liberté très légèrement contrôlée. Rien à dire sur la languette et les lacets. C’est efficace, propre, solide, et même issu de matériaux recyclés. Bravo. On note aussi deux bandes élastiques internes bien utiles pour maintenir la languette en place en permanence. Ce n’est pas exclusif à Newton mais ça fonctionne ici très bien. Bref, la chaussure est bien finie jusque dans les moindres détails. A moins que…

Et oui car pour finir sur la tige, je note un seul petit point négatif, lié à la très grande souplesse du mesh, peut-être, ou bien au moule sur lequel est construit la chaussure, je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, comme on peut le voir sur les photos, et alors que le modèle est parfaitement à ma taille – je le prouve par la photo où mon pouce de la main touche le bout de mes orteils – l’avant-pied baille un peu et forme un léger, mais vilain, creux sur le dessus du pied. Ce n’est  donc pas très élégant et je ne le retrouve pas chez d’autres marques de taille équivalente. Cela n’enlève toutefois rien à la qualité de tenue générale du pied et au confort exceptionnel que procure cette étonnante tige. Bref, passons.

Semelle intermédiaire & semelle externe, dite d’usure.

C’est ici que la magie Newton prend forme. Généralement je préfère distinguer les deux semelles, la semelle intermédiaire et la semelle externe dans des commentaires séparés tant leur construction et leur utilité se distinguent. Il se trouve qu’ici elles font corps et s’imbriquent l’une dans l’autre. Cette semelle, dans son ensemble donc, est composée de quatre parties. Premièrement, il y a cette mousse en caoutchouc bien dense sous toute la longueur du pied. Elle est toutefois particulièrement souple comme vous pouvez le constater sur la photo où je plie littéralement la chaussure en deux avec mes doigts. En cela, elle est similaire aux autres modèles performance de la marque. Cette souplesse explique donc en partie le plaisir ressenti en chaussant cette Elite. Cette partie de la semelle pourrait toutefois s’user extrêmement rapidement si elle était au contact direct du sol. Fort heureusement, elle est intelligemment renforcée aux endroits stratégiques où le pied va heurter et frotter sur le sol.

Deuxièmement, c’est sous l’avant pied que se trouve justement une fine couche de matériaux plastiques, jaune et dure. Celle-ci est insérée entre cette mousse dont je viens de parler et la structure rouge qui représente le concept propre à Newton : celui que la marque appelle Action/Reaction™. Cette couche, qui va se trouver au contact du sol, agit donc comme une protection contre l’usure de l’avant-pied, tout en rajoutant un peu d’amorti. Jusque là rien de sorcier.

Sous le médio pied maintenant, c’est là que se trouve la troisième et plus importante partie de cette étonnante semelle. Ses quatre pattes, ou plots, vont, sous chaque pied et à chaque fois que vous allez les poser sur le sol, légèrement s’enfoncer dans l’EVA en comprimant l’air d’une chambre creuse. Elles vont ensuite immédiatement reprendre leur forme initiale dès que vous allez commencer à relever le pied du sol – et ainsi vous offrir une sensation de rebond. Agissant ainsi un peu comme des ressorts, mais en beaucoup plus doux, ils vont donc vous aider à « décoller » du sol plus rapidement.

Enfin, dernière partie de la semelle : un talon renforcé par quatre morceaux de caoutchouc plus durs, mais là encore toujours légèrement amortissants qui vont assurer que vous ne vous blessiez pas et que la chaussure ne s’use pas plus vite que prévu. Enfin, dernière petite note sur la forme de la semelle, évasée en son centre, et qui permet, outre de gagner du poids, de favoriser les mouvements rapides de changement de direction, sans toutefois toucher à l’excellente stabilité de l’ensemble. De ce que j’en ai vu donc, cette semelle, à la fois simple et ingénieuse, est aussi bien pensée que réalisée : elle est souple, extrêmement dynamique et résistante. Un bel objet d’étude à elle toute seule !

Conclusion

170€ pour une chaussure de running, aujourd’hui c’est cher, très cher même, mais il arrive que cette gamme de prix vaille la peine qu’on l’investisse. C’est le cas de cette Elite qui ne déçoit jamais – à partir du moment, bien sûr, où, je le répète, vous savez l’apprivoiser. Il existe pour cela des vidéos de la marque très bien foutues sur YouTube. C’est une chaussure qui ne se contentera pas de – juste – faire le job pour ceux qui sauront s’en servir. L’Elite les emmènera vers des sensations inattendues et des chronos de feu. J’en suis intimement convaincu et mon copain Craig Alexander (triple champion du monde Ironman) aussi. Comme dirait maître Yoda : « Newton addict, je suis en train de devenir ». #mêmepasuneblague.

Appel à commentaires

Êtes-vous un coureur avec un problème de pronation ou de supination important et avec-vous essayé de courir avec des chaussures Newton ? Si oui, nous sommes curieux de savoir quelle a été votre expérience ?

Nota bene : si vous travaillez pour une marque, d’une quelque manière que ce soit, merci de vous identifier lors de vos commentaires. Ça sera sympa (et honnête). Merci.

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