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Interview d'Oscar Pistorius par Sylvain Bazin

Propos recueillis par Syslvain Bazin à l’occasion de la sortie du Livre « Courir après un rêve » qui relate l’aventure sportive d’Oscar Pistorius l’homme aux jambes de carbone. Cet ouvrage disponible en librairie est édité par les éditions l’Archipel (ISBN 978-2-8098-0334-1)

L’athlète Sud-Africain, l’homme aux jambes en fibre de carbonne, avait défrayé la chronique il y a deux ans, à l’orée des jeux de Pékin. En effet, les instances internationales s’étaient inquiétées de voir ce double-amputé pouvoir concourir avec ses prothèses contre des sportifs « valides » sur le 400 mètres des jeux. Un instant exclu des compétitions internationales officielles après qu’une première étude ait démontré que ces jambes artificielles constituaient un avantage, il a finalement était requalifié par le tribunal arbitral du sport. Entre-temps il n’avait de toutes façons pas réalisé les minimas pour Pékin. Au-delà de son physique, décidément hors-norme, même si l’on fait abstraction de ses jambes (il est très costaud pour un coureur de 400 mètres) et de son nom de gladiateur, c’est un jeune homme très sympathique et un athlète très motivé que nous avons rencontré lors de la présentation de son livre autobiographique « courir après un rêve » au siège de la fédération française handisport.

Bonjour Oscar, dans quelles circonstances avez-vous commencé l’athlétisme ?

Je n’aimais pas beaucoup l’athlétisme en fait quand j’étais enfant. Je faisais déjà toutes sortes de sports mais mes prothèses étaient trop lourdes pour l’athlétisme. Ensuite, au lycée, j’ai pu avoir des prothèses plus légères, fabriquées par un ami. Mais je jouais surtout au cricket, puis au rugby. En fait, c’est à la suite d’une blessure au rugby que j’ai commencé le sprint. Mon médecin me l’avait conseillé pour bien revenir physiquement pour la prochaine saison de rugby. Mais dès ma première course j’ai gagné (en courant avec des valides) et j’ai battu le record du monde du 100 mètres de ma catégorie (doubles amputés). Du coup tout s’est enchainé. J’avais dix-sept ans, auparavant j’ignorais presque tout de l’athlétisme et je pensais vraiment pas participer à des compétitions pour handicapés, qui n’existent pas dans les sports collectifs que je pratiquais. Au début l’idée me gênait même car je ne me considére pas comme un handicapé…

Et cela vous a plu ?

Oui, j’ai gagné ma première course et après tout s’est enchaîné. J’avais déjà battu le record de ma catégorie sur 100 m. Du coup, quelques mois après je me suis retrouvé aux jeux paralympiques d’Athènes. J’étais un gamin de 17 ans et vraiment ça m’impressionnait. Mais j’ai gagné le 200 mètres amputés en devançant les unilatéraux, ce qui n’est pas habituel.

Justement, quel était le regard des autres coureurs amputés uni-latéraux sur vous ?

Certains ont dit que je ne devrais pas courir avec eux, que j’étais avantagé par mes deux prothèses. Cependant la plupart des athlètes m’ont soutenu. Il règne une excellente ambiance de camaraderie dans le handisport, où la compétition se fait surtout contre soi-même. C’est d’ailleurs comme ça que j’envisage le sport, pour mon développement personnel, pas pour battre les autres. J’irai jusqu’où je peux aller.

Revenons maintenant à la contreverse qui a un temps suspendu votre possibilité de participer aux compétitions avec les valides, cela vous a-t-il choqué ?

Non, je pense que c’était normal. Les instances internationales se devaient de se poser la question, c’est leur rôle d’homologuer les équipements, d’enquêter sur ce genre de problèmes. Après, quand j’ai dû passer des batteries de tests et notamment après la première décision qui m’interdisait de prendre part aux compétitions, j’ai vécu des moments difficiles. Mais avec mon équipe (aujourd’hui 15 personnes travaillent autour d’Oscar, ndlr) nous n’avons pas baissé les bras. Cette étude, par ailleurs tout à fait honnête, ne s’attachait qu’à démontrer les avantages des prothèses, qui résistaient mieux en fin de course que des jambes normales, sans en montrer les nombreux désavantages. Techniquement mon départ est beaucoup plus difficile, je ne peux pas non plus m’entraîner autant en volume que des athlètes « valides », car mes moignons sont fragiles. J’ai donc été requalifié et pour moi c’est le plus important. Je peux à nouveau totalement me concentrer sur mon entraînement, reprendre ma progression. Faire ce que tout athlète professionnel souhaite effectuer en somme.

Quels sont vos objectifs pour cette année ? Et à plus long terme ?

Pour cette année, je vais participer à pas mal de meetings et de compétitions en Europe, notamment chez les « valides » à Milan et Cristal Palace. Je veux essayer de me qualifier pour les jeux du Commonwealth. Les minimas sud-africains sont élevés, donc si j’y arrive je pense pouvoir rentrer en finale. Mais je veux surtout retrouver mon niveau après une saison 2009 gâchée par un accident, j’ai dû m’arrêter 4 mois et me faire opérer du nez.

Ensuite, en 2012 il y aura les jeux, ce qui reste mon plus grand défi. Je vais vraiment essayer d’y arriver. Avec mon équipe nous travaillons dur pour ça. Il faut que je progresse encore sur pas mal de paramètres, notamment au niveau de l’alimentation. Mais j’ai bon espoir : une finale sera vraiment bien. Au vu de ma progression ça sera je pense ma limite. Mais c’est le plus important pour moi, atteindre mes limites. Je me donne environ six ans encore pour y arriver. Après je me consacrerai sans doute au sport automobile, mon autre grande passion, ainsi qu’aux actions pour équiper les victimes de mines anti-personnel en prothèses, ce que je fais déjà, et ça me tient à coeur.

En attendant je vais oublier mes incapacités et me concentrer sur mes capacités, c’est je pense la clef de la progression pour tous les sportifs.

Propos recueillis par Sylvain Bazin

Pour info voici la présentation de l’ouvrage …
pistorius

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