Widy Grego

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Widy Grego ... Reggae Raid

Il s’appelle Widy GREGO et vous l’avez sans doute rencontré aux Templiers, aux 100 kms de Millau, … Widy est partout et dans tous les coups … Agé de 50 ans cet enfant de la Guadeloupe est célibataire et court en Individuel. Il suit actuellement une formation d’éducateurs sportifs au CREPS de Poitiers …

Tes sports hors trail pratiqués avant et aujourd’hui ?

De mémoire, j’ai toujours fait du sport. Dès mon adolescence durant laquelle j’ai pratiqué le football dans les rues de mon quartier puis j’ai intégré le club de ma commune. J’y ai progressé de la section Cadet jusqu’à Junior. Plus tardivement j’ai pratiqué le Karaté durant trois bonnes années. C’est en 89-90 que j’ai commencé à courir. Dans mon enfance la course à pied et le football étaient les seuls loisirs. Les jeunes se rencontraient dans la rue pour jouer avec un esprit sain. Ils s’entraînaient par simple plaisir du jeu avec de petites récompenses à gagner (biscuits, bonbons) que les aînés proposaient. A l’époque il n’était pas utile de faire partie d’un club. Lorsque j’ai commencé à courir, il n’existait pas encore de structure pour cette discipline …

Au début de ma pratique de course pédestre, j’ai participé aux petites compétitions organisées lors de fêtes de quartier ou de communes. Un beau-frère, épaté par mes performances, m’a emmené à ma première importante compétition. Fort de mes résultats encourageants, j’ai participé à une dizaine de grandes compétitions avant mon entrée dans le mouvement rastafari en 1992.

Dès lors j’ai vécu de façon monacale une existence proche de la nature durant 5 années. Durant mon exil, j’ai rompu avec la course à pied tout en restant en très bonne condition physique grâce à mon mode de vie en harmonie avec la nature : monter et prendre les fruits dans les arbres (coco, fruits à pain), aller chercher et acheminer de l’eau, du bois sec …

En 2000, j’ai enfin refait surface dans le monde sportif. Personne ne me reconnaît avec mon look rasta qui étonne et amuse. Mais j’ai vite repris ma place de sportif de haut niveau dans le peloton de la course à pied et gagné alors le respect de tous. Mes résultats sportifs ont attiré sur moi l’intérêt des médias qui m’ont pris en sympathie, grâce à l’image que je véhiculais : un gars écolo qui respecte la nature.

J’ai compris très vite que les compétitions de course à pied ne se limitaient pas à la Guadeloupe et j’ai visé alors des championnats de France, d’Europe et du Monde : en catégorie senior et vétéran.

Mon but n’est pas la célébrité en elle-même. Ce qui m’intéresse c’est d’entraîner grâce à mes performances des personnes dans mon sillage, en leur prouvant qu’à force de volonté et avec une bonne hygiène de vie on peut repousser ses propres limites et réaliser des exploits inespérés.

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Willy signe sa première victoire sur le Guanarun

Tes débuts en trail et raids aventure et raisons de ce choix ?

C’est en 2004, la compétition qui a véritablement déclenché cette passion pour moi, reste le Guadarun .

En toute modestie, c’est dans cette course que je suis entré dans la cour des grands. C’est tout celà qui me pousse encore aujourd’hui à vouloir me dépasser. Je pense que sans Dawa Sherpa je n’aurais pas osé participer à une compétition comme le Marathon des Sables, par exemple. Mon nom a pris subitement une dimension internationale. Maintenant, ce sont les organisateurs de courses qui m’invitent à leurs compétitions. Sans aucune barrière et sans aucun préjugé.
Au-delà de la compétition j’avoue également préférer l’aspect humanitaire de certaines courses. Si elle permet d’aider à la construction d’écoles et de puits … je suis toujours partant.
Celà ne me dérange pas que mon image serve à celà au contraire, c’est le genre de rôle qui me convient parfaitement.

En trail, tu préfères quels distance et terrains ?

J’aime bien les trails qui s’offrent à moi comme un défi quand il y a beaucoup de dénivelé, pourtant ce n’est pas là mon point fort. Celà me donne le sentiment de travailler mes faiblesses en montagne. De plus en plus j’apprécie les longues distances (l’ultra). La gestion de l’effort est très différente ce qui t’oblige à mettre en place une stratégie de course par rapport à toi-même, alors tu fais ton parcours sans te préoccuper des autres du coup tu es libre dans ta tête et c’est là le secret d’une bonne course.

Ton état d’esprit avant et au départ d’une course ?

Les dernières heures avant le départ je reste très concentré et je repasse dans ma tête toute mon organisation et ma stratégie de course avec mes ravitos, mes boissons, mon matériel pour ne rien oublier car après il sera trop tard. Aussitôt arrivé sur le lieu du départ je fais le vide, chasser toute notion de souffrance et de galère, je recherche le contact avec les autres coureurs sans pour autant parler de la course et ses difficultés. Je peux même chanter, danser, rigoler c’est une façon pour moi de chasser le stress de la course car on sait qu’on va se faire mal et celà peut être angoissant si vous laissez votre esprit gamberger.

Tes points forts et faibles ?

Outre mes caractéristiques physiques je suis animé d’une volonté qui me pousse toujours à aller plus loin, de donner le meilleur de moi et de ne jamais lâcher au moindre passage à vide. Mon point faible sur mon île, c’est de me considérer comme un pionnier de la discipline. Je n’ai personne avec qui je pourrais confronter mes expériences en termes de matériels, de nutrition, de préparation et même de motivation. Souvent quand je viens faire des compétitions dans l’hexagone avec mes faibles moyens j’ai toujours du mal à faire un bon résultat.

Ton plus beau chemin couru, tes joies et déceptions ?

Mon plus beau chemin, c’est celui qui m’a amené à la victoire de la TRANSMARTINIQUE en 2010. Je me rappelle de la rosée du matin. Nous traversons la végétation verdoyante de la montagne Pelée entre nuages et terre. Je me revois encore serpenter ces chemins où les odeurs se mêlent à la fraîcheur du matin. Le temps file, les paysages défilent, je traverse les villages. La course est retransmise à la radio, les gens crient à tue tête, une joie m’envahie. Nous sommes au crépuscule du jour, sous l’œil de la lune, je franchis la ligne d’arrivée. Le public laisse exploser sa joie, pour lui je fais partie des leurs, car je viens de l’île voisine.

Je connais aussi mes moments de déception : j’ai échoué plusieurs fois au Grand Raid des Pyrénées où le froid m’envahit, tétanise mes muscles, détruit mes rêves. Je compte mes pas, chaque coureur qui me dépasse, me tape l’épaule « vas-y Widy, ça va aller…. ».

Ta grande rencontre sur le plan humain, ta course préférée et rêve de record ?

Je dirai même que ma vie est faite de rencontres. Il faut dire que je ne laisse personne indifférent tellement je suis joyeux et aimable surtout ! Une joie que je ne cesse de répandre autour de moi, à travers des petits « saluts » par-ci par –là, et des étreintes empreintes de sincérité et de douceur. Mais je dois aussi beaucoup à des gens qui me soutiennent dans mes projets par des petits gestes ou des encouragements. C’est l’occasion pour leur dire merci à tous.

Ma course préférée, je viens de la réaliser, c’e sont les 100 kms de Millau. Pour moi c’est la première fois que j’ai pu faire une course avec les conditions que j’ai toujours souhaitées c’est-à-dire une bonne assistance technique, du bon matériel et une bonne nutrition. Je pense que la compétition englobe tout cela pour avoir de bons résultats. A cause de mes faibles moyens j’ai toujours souffert de ça.

Mon rêve de record c’est de faire plus de 200 km sur un 24 h, je vais m’y attacher dès 2013 en prenant le départ aux 24 h de la Roche la Molière.

Tes données physiologiques ?

Je mesure 1,77 – Poids : 65 kg – Vma : 17

Ton entraînement, fréquence, contenu, motivation ?

Depuis que j’ai commencé à côtoyer les meilleurs de la discipline ma préparation est totalement différente. Je travaille avec plus de rigueur et de professionnalisme. Celà veut dire que je fais les choses avec passion, tout en étant perfectionniste. Je détermine mon programme d’entraînement en fonction de mes échéances. En général j’observe une journée de repos le samedi, j’aime bien la sortie longue du dimanche et les autres jours de la semaine je fais du spécifique.

J’arrive à me motiver tout seul, j’aime bien me préparer. Quand on est bien physiquement dans une compétition ça passe bien. Tu es fier de toi et tu transmets des vrais valeurs aux autres.

Ta diététique ?

Depuis 6 mois je me suis pris au jeu de photographier tous mes repas et de tenir un journal diététique. Cela m’oblige à être très attentif à ce que je mange et ça me permet d’observer et de tirer des conclusions. Surtout j’ai une alimentation particulière, je suis végétalien. Je consomme beaucoup de fruits, de légumes verts, de légumineuses, de tubercules, de féculents et de lait végétal….

Matériel préféré et utilisé ?

Je n’ai pas de choix particulier, ni de préférence à cause de mes faibles moyens financiers. Quand je peux m’offrir une bonne paire de chaussures et du matériel technique je fais la différence.

Ton regard sur l’essor du trail, son organisation ?

J’ai un regard très positif de l’évolution du trail en France. Malgré la « professionnalisation du trail », cette forme de course reste à dimension humaine et draine de plus en plus un public nouveau, intéressé par ces courses proches de la nature. L’élite et le débutant se côtoient dans un climat de convivialité, d’intérêts communs et de conseils : hygiène de vie, alimentation… on ne peut que se réjouir…

Tes conseils à un trailer, message à faire passer ?

Aborde ces compétitions en toute humilité, le défi c’est avec toi-même, alors reste toujours à l’écoute de ton corps.

Ton temps libre, loisir, autres passions ?

Mon temps libre … malgré mon passeport français je n’ai pas oublié mes racines africaines. Je suis originaire de la Guadeloupe dont les habitants sont des descendants d’Africains. Membre d’une famille qui possède une longue tradition dans la fabrication du Kassav – une galette fabriquée à partir du manioc-. Elle a donné son nom au célèbre groupe de musique guadeloupéen avec Jacob Desvarieux et autres. J’ai décidé au Bénin de monter une structure légère sous la forme d’une paillotte en terre et paille pour partager la « science du kassav » et, surtout d’aider les populations béninoises à transformer leur manioc sur place et ainsi subvenir à leurs besoins alimentaires.

Merci Widy pour cette interview pleine de sagesse et d’exemplarité …

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Venez courir avec Widy